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Culture
Faux pas
The Walk
De Robert Zemeckis | Biopic
Avec Joseph Gordon-Levitt, Charlotte Le Bon et Ben Kingsley



S’il est une chose qui semble motiver le cinéma de Robert Zemeckis, c’est avant tout le défi. Ainsi, de projet en projet, il teste, il transforme et repousse toujours plus loin les limites qui lui sont imposées. Si la qualité des histoires qu’il met en scène varie, ses films valent toujours le coup d’œil pour ses expérimentations visuelles. A ce titre, Beowulf est sans conteste l’une de ses plus grandes réussites, puisque ce monument d’heroic fantasy allie une utilisation géniale de la performance capture à un scénario en béton armé. Sans être un conteur phénoménal, l’auteur de Retour vers le Futur a donc au moins le mérite de participer activement à l’évolution de son médium sur le plan technique.

C’est sans doute ce goût du challenge qui a mené le réalisateur au projet The Walk, puisque le défi s’y retrouve autant dans le sujet de base que dans la façon de le mettre en scène. Le film s’intéresse ainsi à l’exploit du funambule français Philippe Petit, qui avait réalisé en 1974 une traversée illégale entre le sommet des deux tours du World Trade Center. Une histoire tout à fait propice aux expérimentations techniques, donc. Hélas, si sa mise en images contient quelques belles choses, le traitement du sujet de The Walk se caractérise par un évident refus d’obstacle de la part de Zemeckis.


Si le genre du biopic bénéficie d’un crédit certain (la sélection pour l’Oscar y est assurée), il n’est ni plus noble ni plus aisé qu’un autre. Le fait réel qui constitue son matériau de base ne le rend pas pour autant plus légitime, pas plus qu’il ne donne clé en main un récit solide. Bien au contraire, comme tout film, le biopic se doit d’avoir un point de vue pertinent et cohérent sur son sujet. Il lui faut faire des choix. Paradoxalement, même les partis pris les plus réjouissants de The Walk finissent par se révéler être de véritables contresens.

Tout d’abord, l’idée de raconter les événements par le biais de Philippe Petit lui-même faisant office de narrateur. Perché sur la Statue de la Liberté, Joseph Gordon-Levitt s’adresse ainsi au spectateur pour lui raconter son histoire, et agrémente régulièrement le récit de commentaires en voix-over. Cela aurait pu permettre à Zemeckis de nous faire pénétrer plus intensément la psyché du héros, mais le procédé se révèle bien vite exaspérant : habituellement plutôt fin dans son jeu, Gordon-Levitt surjoue ici le franchouillard de base (le jeu sur les langues est l’un des plus gros échecs du film) et ses explications ne font bien souvent que paraphraser inutilement l’action.

De même, le choix d’un ton assez léger évite certes au film la pose ultra sérieuse de la majorité des biopics, mais il réduit bien souvent l’impact émotionnel du récit. Idem pour le choix de donner à l’histoire la forme d’un caper movie (un film de braquage, en l’occurrence celui du World Trade Center). C’est ludique, rythmé, mais ça prend carrément le pas sur la caractérisation des personnages.


Il s’agit d’ailleurs du plus gros problème de The Walk : l’absence quasi-totale de psychologie. Les personnages secondaires sont tous sous-exploités (en particulier la femme de Petit incarnée par Charlotte Le Bon), mais surtout, le héros est particulièrement mal décrit. Ses motivations profondes, qui auraient pourtant dû constituer le cœur du récit, ne sont jamais abordées. Paradoxalement, si Gordon-Levitt ne cesse de baragouiner face caméra pour nous expliquer ses moindres faits et gestes, on ne le comprend pas mieux pour autant. S’il commence à décrire les sensations que lui procure son art lors d’une scène plutôt bien réalisée (alors que le personnage traverse un fil tendu au-dessus d’un lac, le temps se fige et on passe en focalisation interne), le narrateur ne le fera plus du tout par la suite. La question ne sera plus que survolée à travers quelques symboles aussi lourdingues dans leur forme que superficiels dans ce qu’ils signifient (Petit qui décrit le coffre contenant son filin comme ressemblant à « un cercueil »).

L’intérêt du biopic est évidemment de dépasser le fait réel que l’on adapte, de ne pas simplement réaliser un portrait fidèle de la personnalité historique en question, mais de décrypter les motivations profondes de cet être humain pour élever son propos à l’universel. Modèle du genre, The Social Network ne s’intéresse au final absolument pas à Facebook et se sert du personnage de Mark Zuckerberg pour évoquer quelque chose de bien plus grand. Au contraire, The Walk ne raconte au fond que l’exploit des Deux Tours et n’explore jamais vraiment les racines de l’obsession de son héros.


Quant à la mise en scène, elle propose tout de même, comme d’habitude avec Zemeckis, une utilisation intelligente des images de synthèse et des effets de style plutôt réjouissants par instant : les nombreuses transitions numériques et la grande mobilité de la caméra assurent une réelle fluidité au récit, tandis que la très bonne 3D parvient à véritablement produire une sensation de vertige sur certaines scènes. Hélas, tout cela ne parvient pas à élever The Walk pour autant.

La scène censée constituer le point d’orgue du film (la marche entre les Deux Tours) est à ce titre symptomatique de l’échec de Zemeckis à aborder son sujet avec pertinence. Indéniablement, cette séquence aurait dû être tétanisante, procurer des sensations viscérales et transmettre par leur biais le propos profond du film. Pourtant, passé l’instant relativement intense des premiers pas, tout tombe bien vite à plat du fait des insupportables commentaires en voix-over et du ton qui vire soudain à la gaudriole lorsque la police débarque sur les lieux.

Alors qu’une des œuvres phares de Robert Zemeckis fêtait ces jours son « anniversaire », nous rappelant du même coup le talent du cinéaste pour livrer des divertissements originaux et faits avec intelligence, son dernier travail déçoit par son manque d’ambition. The Walk aurait pu tutoyer les sommets, mais il ne vole au final pas bien haut.

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