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Culture
Le fruit de l'imagination
Crimson Peak
De Guillermo del Toro | Horreur / Drame
Avec Mia Wasikowska, Tom Hiddleston et Jessica Chastain



Il y a deux ans, Guillermo del Toro nous offrait une formidable claque avec son monstrueux Pacific Rim, spectacle total qui nous avait fait épuiser notre registre de superlatifs. Depuis, le cinéaste mexicain est allé balader sa passion du côté des séries TV et des jeux vidéo, avec plus ou moins de succès. Il revient aujourd’hui sur grand écran avec Crimson Peak, un film fantastique renouant avec l’esthétique gothique et la figure du fantôme, deux éléments qui lui sont chers et qu’il avait déjà traités avec brio dans son dyptique sur la guerre d’Espagne, L’Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan. Tandis que le second se posait en ode bouleversante à l’imaginaire face à la barbarie, le premier répondait très intelligemment à la question « qu’est-ce qu’un fantôme ? » en liant la figure aux démons de l’Histoire espagnole.

Dans Crimson Peak, ce n’est plus l’Espagne de Franco qui sert de toile de fond, mais l’Angleterre de l’époque victorienne. Mia Wasikowska y incarne Edith Cushing, une jeune femme qui se rêve romancière. Tourmentée par la mort de sa mère, elle est capable de voir les fantômes. Personne dans son entourage ne croit à ce don ni à ses histoires fantastiques qu’elle tente de faire publier, jusqu’à ce que débarque le mystérieux Thomas Sharpe (Tom Hiddleston). Face

au crédit qu’il lui accorde, Edith tombe sous le charme, l’épouse et emménage avec lui et sa sœur Lucille (Jessica Chastain) dans le vieux manoir familial perdu en pleine campagne. La bâtisse, qui tombe en ruine, est construite sur un gisement d’argile rouge vif que Thomas espère exploiter grâce à une machinerie de son invention. Tandis que son mari s’échine à extraire le « sang de la terre », Edith doit faire face à d’inquiétantes apparitions ainsi qu’au comportement suspicieux de sa nouvelle belle-sœur.

Contrairement à bon nombre de films illustrant cette figure, Crimson Peak nous dit d’entrée de jeu que les fantômes existent, l’héroïne voyant dès la première scène l’esprit de sa mère qui la met en garde à propos des événements à venir. Le film ne jouera pas sur le dévoilement progressif de son élément fantastique, balancera très rapidement ses monstres à l’écran, mais entretiendra plutôt le mystère sur la nature réelle de ces derniers. C’est à la fois la bonne idée et la principale faiblesse de Crimson Peak : le parti pris est intéressant, mais la raison d’être du surnaturel est au final reliée de manière quelque peu artificielle au plan humain du récit. En effet, sur ce point, Crimson Peak souffre malheureusement d’une écriture bien moins soignée que celle, sur le même exercice, de L’Echine du Diable.


Ça part pourtant bien : lorsque l’intrigue démarre, les thématiques habituelles du cinéaste commencent à se dessiner, on retrouve à travers l’héroïne rêveuse et son époux inventeur le discours sur l’importance de l’imaginaire cher à Del Toro. La mise en place des enjeux est certes un peu maladroite sur certains points (la romance créée un peu rapidement, la relation au père qui aurait méritée d’être plus approfondie), mais les personnages sont à la fois attachants et intrigants, et surtout les acteurs qui les incarnent sont formidables, alors on se laisse embarquer. Comme évoqué précédemment, la décision de donner un grand nombre de clés dès le départ offre un contrepoint intéressant à l’attente que l’on pourrait avoir : malgré l’utilisation de quelques effets horrifiques, Crimson Peak n’est pas un film d’épouvante. On pourrait plutôt parler d’un film d’ambiance, d’un drame en costumes mâtiné de fantastique et d’une ou deux envolées gore. Dès l’arrivée dans le fameux manoir qui donne son titre au film, le récit gagne ainsi en intensité, installant alors une atmosphère envoûtante au sein de laquelle germe peu à peu un réel malaise. On est aussi désorienté que l’héroïne et sa suspicion naissante devient bien vite la nôtre.

Hélas, alors que l’intrigue mettait en place un vrai drame humain et possédait tous les éléments propices à un dénouement flamboyant, plusieurs idées intéressantes sont laissées de côté avant qu’un final particulièrement maladroit dans son traitement des personnages vienne tout ficher parterre. Tandis qu’un protagoniste qui n’aurait pas dû revenir fait quand même son retour, un autre est évincé du cadre pour des raisons inexpliquées pour réapparaitre un peu de nulle part tout à la fin. La thématique du fantôme se révèle alors employée avec nettement moins de rigueur que sur L’Echine du Diable et les enjeux humains résolus de façon bancale pour un impact émotionnel beaucoup moindre que dans Le Labyrinthe de Pan.


On regrette d’autant plus cette faiblesse d’écriture que, si l’atmosphère fonctionne aussi bien durant le reste du film, c’est avant tout parce que Crimson Peak est visuellement somptueux. Les décors et costumes soignés jusque dans le moindre détail, le jeu sur les couleurs et la lumière font de chaque plan un festin visuel. Comme d’habitude chez Del Toro, on voit des choses que l’on ne voit nulle part ailleurs. On n’a jamais vu des fantômes pareils, à la fois spectraux, organiques et très colorés. On n’a jamais vu non plus une maison hantée comme Crimson Peak, qui s’impose immédiatement comme l’une des plus belles bâtisses du genre grâce à deux idées géniales : tout d’abord, un trou béant dans le plafond du hall d’entrée qui laisse s’écouler à l’intérieur les feuilles mortes ou les flocons, ensuite, la fameuse mine d’argile résidant en dessous, qui suinte régulièrement à travers à travers les murs et colore la neige rouge sang lors du final. De même, l’habituel fétichisme de Del Toro pour les insectes et les engrenages participe à donner une véritable âme au manoir.

S’il est loin d’être le film le mieux écrit de son auteur, Crimson Peak est indéniablement l’un de ses plus beaux. Pas son meilleur travail, mais un bel ouvrage. Pas un gros film de trouille, mais un film d’ambiance très efficace. Pas un récit puissant, mais une histoire attachante dotée de beaux personnages.

Guillermo del Toro est un cinéaste passionné, dont chaque film respire l’amour du genre, des monstres et des univers foisonnants, un artiste sincère à l’imaginaire nécessaire et salvateur. Malgré tous ses défauts, Crimson Peak nous le rappelle assurément.

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