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Culture
Passé décomposé
Terminator Genisys
De Alan Taylor | Action / Science-fiction
Avec Arnold Schwarzenegger, Emilia Clarke et Jai Courtney



« C’était mieux avant. » Cette assertion nostalgique, on peut l’entendre régulièrement dans les discussions cinéphiliques. Qu’elle serve à fustiger le passage de la pellicule au numérique, l’avènement des effets spéciaux conçus sur ordinateur au détriment des trucages en dur, ou le développement progressif du cinéma virtuel, elle refait immanquablement surface lorsqu’il s’agit de discuter de certaines tendances du septième art.

« C’était mieux avant. » C’est également ce que semble penser à l’heure actuelle une nette majorité des gros studios à Hollywood. Depuis maintenant quelques années, ceux-ci se retranchent dans leur glorieux passé, ressortant des tiroirs toutes leurs vieilles franchises et réduisant au strict minimum le nombre de créations originales. Tandis qu’on ramène de force sur les écrans des sagas qui étaient très bien là où elles étaient, on empêche les projets originaux de voir le jour, comme effrayés par la moindre idée neuve. Paradoxalement, c’est cette capitalisation outrancière sur la nostalgie qui nous fait nous-mêmes dire aujourd’hui qu’effectivement, « c’était mieux avant ».

Terminator

Avant, on ne regardait pas constamment en arrière, on osait explorer, expérimenter, créer. Maintenant, on ne fait bientôt plus que recycler. Avant Star Wars, Ghostbusters, Rocky, et autres Alien, nous avons eu droit ces jours aux retours de Jurassic Park, Poltergeist et Terminator. Le premier s’est révélé être un trip nostalgique sans intérêt, imitation grossière du premier opus de Spielberg dont les rares tentatives de modernisation finissent par contredire l’original et pervertir l’hommage apparemment sincère au départ. Le second n’a pas encore eu droit à notre regard, mais si l’on en croit la bande-annonce, on devrait avoir une nouvelle fois affaire à un remake aussi vide de sens que de personnalité. Enfin, le troisième incarne à lui seul tout ce qui ne va pas à Hollywood en ce moment. Mais avant ça, petit retour en arrière.

1984. James Cameron réalise avec Terminator son véritable premier film (on ne compte donc pas le désastreux Piranha 2 dont le contrôle lui a échappé). Série B très efficace et diablement bien troussée, le long-métrage pose les bases de ce qui va devenir l’une des sagas les plus mythiques de l’Histoire du cinéma. Dans un avenir où les machines ont pris le pouvoir, un cyborg est envoyé dans le passé afin d’éliminer Sarah Connor, la future mère du leader de la résistance humaine. Remontant le temps à la suite du robot meurtrier, Kyle Reese, le bras droit de John Connor, est chargé de protéger celle dont dépend la survie de l’humanité. Par quelques plans puissamment évocateurs (un char qui roule sur des crânes humains, une fillette qui observe un téléviseur en flammes), Cameron construit un futur apocalyptique plausible et terrifiant. Suivant une structure narrative simple, le récit parvient quant à lui à employer des concepts de science-fiction complexes (le voyage temporel et les paradoxes qui l’accompagnent) de manière à la fois limpide et parfaitement cohérente (Reese se révélant au final être le père de John). Le film obtient un grand succès, révèle Cameron et assoit un peu plus la stature de Schwarzenegger.

Terminator 2

1991. Après s’être affirmé avec Aliens puis Abyss, James Cameron revient à son premier succès pour lui donner une suite qui élargit ses enjeux, apporte de la profondeur à son univers et lui fait gagner en ampleur. Transformant la Sarah Connor fragile et effrayée du premier film en une mère guerrière déterminée à empêcher l’apocalypse, l’auteur inverse également le rôle de Schwarzenegger, qui incarne cette fois-ci un T-800 envoyé pour protéger Sarah et son jeune fils John. Face à eux, il place un nouvel ennemi plus puissant et terrifiant : le T-1000, un Terminator métamorphe car composé de métal liquide. Plus impressionnant (les effets spéciaux révolutionnaires donnant vie à l’antagoniste), plus spectaculaire (la première poursuite avec le camion donne déjà le ton) plus émouvant (l’étonnante relation père-fils qui se tisse entre le T-800 et John), et plus jouissif (les punchlines de Schwarzy), Terminator 2 : Le Jugement Dernier est tout simplement l’un des plus grands films d’action de tous les temps.

Terminator 3

2003. Après avoir un temps envisagé un troisième opus, Cameron lâche l’affaire. C’est finalement sous la direction de Jonathan Mostow que se fait Terminator 3 : Le Soulèvement des Machines. Souvent mésestimé, ce nouveau volet est certes en-dessous des deux films de Cameron, mais reste un actioner plaisant, plutôt fun et respectueux de la franchise. Maintenant seul suite au décès de sa mère, John Connor est une nouvelle fois pris pour cible par un Terminator, qui a ce coup-ci les atours féminins de Kristanna Loken. Epaulé par un nouveau T-850 et par celle qui deviendra sa femme, le futur leader de la résistance doit empêcher une seconde fois l’apocalypse, avant d’enfin accepter son destin. Adoptant un ton plus volontiers parodique, ce troisième film laisse apparaître progressivement une vraie épaisseur émotionnelle, jusqu’à une étonnante conclusion qui boucle la boucle de façon logique et touchante.

Terminator Renaissance

2009. La saga aurait pu s’arrêter là, mais un quatrième volet voit le jour. Avec Terminator Renaissance, McG, réalisateur des Charlie’s Angels, est censé mettre sur pied une nouvelle trilogie qui prendrait place durant la guerre des humains contre les machines. Malheureusement, si l’ambition est là, si le casting est solide, l’univers visuel convaincant, les références aux précédents films discrètes et cohérentes, et la volonté d’innover bien présente, le résultat final se révèle très bancal, brouillon dans son écriture et particulièrement maladroit dans sa manière d’amener ses nouveaux éléments (le personnage de Sam Worthington est à la fois la grande idée du film et son échec le plus cuisant).

2015. La trilogie de McG ayant été annulée, une autre est entamée par ce Terminator Genisys. Quelle voie allait choisir ce nouveau film ? Suite ? Reboot ? Remake ? Genisys ne choisit jamais vraiment, ou plutôt tente les trois à la fois et se plante lamentablement. Le voyage temporel semble à coup sûr idéal pour régénérer une franchise et la relancer sur de nouvelles bases. Le concept des univers parallèles avait par exemple servi à J. J. Abrams et son équipe de scénaristes à légitimer leur reboot de Star Trek de façon ludique et cohérente, justifiant au cœur du récit les libertés prises par rapport à la mythologie de la série TV. De même, allié à l’effet de boucle, il avait permis à Robert Zemeckis de proposer avec Retour vers le futur 2 une relecture jouissive du premier film.


Genisys semble au départ parti pour emprunter cette voie. Il imagine ainsi que la timeline que nous connaissons a été complètement chamboulée par l’envoi dans le passé d’un T-800 reprogrammé à une époque où Sarah Connor n’était qu’une enfant, soit avant l’arrivée de tous les autres Terminators. En 1984, la mère de la résistance et son protecteur sont ainsi prêts à accueillir le premier cyborg meurtrier et le déterminé Kyle Reese venu l’arrêter.

Et voilà qu’en à peine un quart d’heure, on réécrit la saga dans son entier en annulant l’ouverture du premier opus (et par-là, tout ce qui suit). Soit, cela peut être un moyen certes radical mais assumé pour repartir sur de nouvelles bases. Mais alors, il faut avoir un véritable point de vue inédit et pertinent à proposer derrière. Ce n’est bien sûr pas le cas ici : quand Genisys ne nous sert pas un gloubi-boulga informe de toute la franchise qui multiplie les clins d’œil absurdes à n’en plus finir (la présence du T-1000 est incohérente et parfaitement inutile dans le récit), les seules idées neuves qu’il propose se révèlent en totale contradiction avec la mythologie posée par Cameron. Très loin d’une relecture respectueuse, le film a la fâcheuse tendance à illustrer symboliquement le démastiquage en règle de la saga d’origine : l’implacable T-800 du premier volet est ainsi liquidé en quinze secondes, tandis que John Connor est littéralement effacé de la franchise.


En réalité, la seule nouveauté qui fonctionne à peu près se trouve être le T-800 vieilli (idée soufflée par Cameron). Certes, la figure paternelle qu’il incarne pour Sarah est un décalque en moins subtil de celle qu’il représentait pour John dans Le Jugement Dernier. De même, l’humour tournant autour de son humanisation est clairement lourdingue en regard de ce que faisait Cameron dans son second volet. Malgré tout, Schwarzy rempile avec un plaisir affiché, et on croit à son personnage. Jusqu’à ce que le final vienne évidemment tout ficher par terre en oubliant pourquoi le T-800 du Jugement Dernier finissait par se sacrifier…

On pourrait encore s’étendre longuement sur tout ce qu’avaient les films de Cameron et que n’a pas ce Genisys. Au-delà de sa nette infériorité face à ses aînés, ce nouvel opus est, comme nous l’évoquions en introduction, symptomatique de tous les maux d’Hollywood à l’heure actuelle. Une capitalisation sans idée ni véritable envie sur une franchise à succès, qui joue uniquement la carte de la citation constante, du gag racoleur et du clin d’œil complice.


On recopie toutes les images emblématiques du matériau de base et on répète inlassablement chaque réplique culte (sans se demander une seconde pourquoi ces images comme ces répliques sont de tels puits à fantasmes ni si elles fonctionneront encore sorties de leur contexte), et on y ajoute des éléments piqués dans les autres franchises cools du moment. On prend deux acteurs qui avaient déjà joué les héros dans des revivals de sagas mythiques (le très bon Jason Clarke de La Planète des Singes et le tout nul Jai Courtney de Die Hard 5), on leur adjoint une actrice et un réalisateur de Game of Thrones (Emilia Clarke et Alan Taylor), et on y fait explicitement référence dans la promo (et tant pis si ça n’a absolument aucun rapport !). On va encore chercher un acteur récemment oscarisé (J. K. Simmons) pour qu’il fasse le guignol dix minutes et un ancien Doctor Who (Matt Smith) pour rameuter les geeks et pour la référence super subtile (Doctor Who, voyage dans le temps, t’as capté ?). Plutôt que de révolutionner le cinéma d’action comme Cameron l’avait fait, on filme tout ce beau monde façon blockbuster hype, avec ralentis en CGI sous fond de grosses percus zimmeriennes. Et pour bien achever le truc, on vend le tout n’importe comment, en grillant le gros twist de l’intrigue dans la bande-annonce. Mais bon, comme on s'achète une légitimité en faisant dire à l'auteur original lui-même (qui doit être très sensible soit à la flatterie, soit aux pots-de-vin) que le film est vraiment trop cool, c'est dans la poche.


Plus qu’un mauvais film, Terminator Genisys est l’incarnation de l’incapacité de Hollywood à aller de l’avant, et même, pire, de son incompréhension totale de sa propre Histoire. Se pencher sur le passé n’est pas interdit, refaire du neuf avec du vieux n’est pas impossible, mais pour cela il faut soit faire table rase en réinventant intelligemment le matériau que l’on reprend, soit réutiliser la matière préexistante sans grand changement mais en ayant saisi sa substantifique moelle. Terminator Genisys tente de faire les deux et échoue lamentablement dans l’un comme dans l’autre : il casse tout et ne reconstruit rien derrière.

Il y a quelques vingt ans, une certaine Sarah Connor nous enseignait la leçon suivante : « Il n’y a pas de destin, mais ce que nous faisons. » Les rêves du passé ne sont pas condamnés à être pervertis ad nauseam pour finir par être vidés de toute substance, ni l’esprit créatif à être cadenassé jusqu’à disparaître définitivement. Il suffit de refuser la nostalgie racoleuse et d’encourager l’imaginaire nouveau. Il suffit de ne pas aller voir Terminator Genisys.

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