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Culture
On n'arrête pas le progrès
Pourquoi j’ai pas mangé mon père
De Jamel Debbouze | Comédie
Avec Jamel Debbouze, Mélissa Theuriau et Arié Elmaleh



Lorsque l’envie de passer derrière la caméra les prend, les acteurs reconnus ont évidemment plus de poids que le réalisateur en herbe qui a encore tout à prouver du fait de l’absence de notoriété de son nom. Néanmoins, si l’accès peut leur être facilité, l’exercice reste tout de même périlleux du fait de leur possible manque d’expérience en matière de mise en scène : être habitué des plateaux et côtoyer des cinéastes, quel que soit leur talent, ne forme pas nécessairement au métier. De fait, les acteurs qui se risquent à franchir le pas choisiront peut-être pour commencer de petits projets, histoire de se faire la main.

Ce n’est pas le cas de Jamel Debbouze qui, pour sa première réalisation, a opté pour un projet original, ambitieux, et donc casse-gueule. C’est un peu par hasard que le comédien s’est retrouvé au poste de metteur en scène sur Pourquoi j’ai pas mangé mon père. A l’origine contacté uniquement pour faire du doublage, il s’est peu à peu passionné pour le film et a progressivement contribué à son élaboration, participant à l’écriture, pour finalement terminer à la réalisation.

Pour son baptême du feu, Debbouze ne se facilite pas la tâche : Pourquoi j’ai pas mangé mon père est à la fois un défi théorique et pratique.

Théorique, parce qu’il s’agit de l’adaptation du roman Pourquoi j’ai mangé mon père (The Evolution Man) écrit par le journaliste économique Roy Lewis en 1950. Narrant, pendant la période préhistorique du pléistocène, l’opposition de deux frères incarnant respectivement les tendances progressiste et réactionnaire, Lewis, à travers une forme humoristique (de nombreux anachronismes), questionnait la société de son époque. Progrès technique, science, religion, péril nucléaire, le récit brassait quantité de thèmes au cœur des problématiques contemporaines. Il s’agit alors, pour l’adapter, de gérer les nombreuses ramifications de son sous-texte critique, et éventuellement de le faire évoluer afin qu’il corresponde aux interrogations d’aujourd’hui. Pas une mince affaire, donc…

Mélissa Theuriau et Jamel Debbouze

Un défi pratique, ensuite, parce que le film est tourné intégralement en performance capture. Nous nous sommes suffisamment appesantis sur la question pour ne pas répéter une nouvelle définition de la technique, des libertés et des contraintes qu’elle implique. Nous rappellerons simplement le changement drastique de méthode qu’elle induit en comparaison d’un tournage classique, pour le réalisateur comme pour ses acteurs. Même si son expérience de comédien pouvait l’aider à s’approprier la performance capture (le jeu étant au centre de ce nouveau processus créatif), Debbouze devait dans tous les cas se familiariser avec une façon de travailler toute différente. De plus, l’emploi de cet outil était d’autant plus risqué que, premier film oblige, le cinéaste débutant allait être attendu au tournant par la critique française, qui a maintes fois démontré son désintérêt général (voire son mépris) pour la performance capture. Enfin, le film ajoute à cette liste un dernier pari intéressant mais tout aussi casse-gueule : faire revivre Louis de Funès. Avec l’autorisation de la famille de l’acteur (son fils Olivier est d’ailleurs crédité au scénario), l’équipe de Debbouze à numérisé sa silhouette à partir d’extraits de ses films afin d’en créer une imitation simienne, interprétée en plateau par Patrice Thibaud. Nul doute qu’une telle réappropriation de l’héritage culturel français par la nouvelle génération et les technologies de pointes risquait bien d’attirer les foudres d’une intelligentsia volontiers rétrograde.


Aujourd’hui, après sept ans de développement (tournage en Seine Saint-Denis puis post-production en Inde), Pourquoi j’ai pas mangé mon père sort enfin en salle… et est accueilli plutôt froidement par la critique. Le film a droit, au mieux, à un engouement timoré, au pire, à une volée de bois vert pure et simple. Est-ce mérité ? Hélas oui, mais en partie seulement.

Comme il l’assume clairement par le changement de titre et par son insistance sur son envie de s’adresser avant tout aux enfants, Debbouze propose du roman de Lewis une adaptation très libre impliquant de nombreuses modifications.

L’intrigue est ainsi simplifiée au maximum, évacuée de nombreux thèmes importants (ou du moins ne les aborde-t-elle plus qu’en surface) et agrémentée de plusieurs ajouts faisant référence à des récits connus (en particulier Le Roi Lion), ne gardant globalement du texte d’origine que les deux frères ennemis. De l’histoire conflictuelle d’une famille incarnant les meilleures et les pires tendances de l’humanité, on passe donc à celle d’un paria (Debbouze), en réalité héritier royal banni à la naissance du fait de son aspect chétif, qui tentera de se faire accepter par sa tribu.

Malgré l’élagage, le film a tout de même à gérer un certain nombre d’arcs narratifs. Malheureusement, le scénario les traite tous successivement et séparément plutôt qu’ensemble autour de leur évident tronc commun (le thème de l’acceptation) ; inévitablement, ils en ressortent tous survolés et sous-exploités. De nombreux personnages importants disparaissent ainsi pendant une bonne partie du métrage : Ian, l’ami simplet du héros, est évincé du second acte pour ne revenir que lors du final, tandis que Lucy, sa femme rencontrée à mi-parcours, n’a plus aucune utilité durant le dernier tiers. De même, excepté dans deux ou trois courtes scènes, la relation entre les deux frères est à peine esquissée, tandis que la figure du père, malgré une belle promesse au début du film, n’est finalement pas du tout explorée. Le même sort est réservé à certaines thématiques fondamentales qui auraient méritées d’être beaucoup plus approfondies (les croyances religieuses, le pouvoir, l’animalité de l’humain).


A ces soucis d’écriture s’ajoutent des problèmes de rythme : non seulement le récit part dans tous les sens à force de ne se focaliser sur rien en particulier, mais la construction des scènes se révèle de plus souvent maladroite. Parfois trop lente, la mise en place des enjeux émotionnels et des pivots scénaristiques est souvent bâclée : des retournements aussi centraux que ceux de la mort du père ou du soulèvement final sont ainsi expédiés en quelques secondes.

Pourtant, malgré tout cela, le film parvient à provoquer de la sympathie au-delà de ses nombreux défauts. Sa structure a beau être bancale, le message du film est tout à fait louable et sincère. L’univers dépeint est plutôt fun, jouant à fond la carte de l’anachronisme ; les références contemporaines et l’humour désacralisant sont ici beaucoup plus justifiés par le récit que dans la majorité des autres films d’animation qui en usent. De même, l’habituel jeu sur le langage de Debbouze s’adapte plutôt bien au fond de l’histoire, à savoir l’évolution. L’hystérie générale a beau fatiguer par instant (c’est le risque lorsque tous les protagonistes sont sans exception de parfaits crétins), les personnages sont attachants et l’humour fait mouche à de multiples reprises. Aux côtés du De Funès numérique (savoureux), on trouve ainsi d’amusantes parodies de Valérie Lemercier ou Michel Gallabru, de même qu’un groupe de « portugais préhistoriques ».


Quant à l’aspect technique, si l’on a déjà vu mieux en termes d’animation (certaines textures manquent un peu de détail), le tout reste assez beau à voir. Mais surtout, la bonne surprise réside dans une mise en scène plutôt inventive de par son utilisation étonnamment riche des possibilités offertes par la performance capture. Sans bien sûr égaler la maîtrise de l’outil d’un Spielberg ou d’un Zemeckis, Debbouze semble avoir parfaitement saisi l’intérêt de la caméra virtuelle. A l’occasion de plusieurs scènes, il profite ainsi de l’absence de contraintes physiques pour jouer habilement sur l’espace et le temps, ouvrant par exemple son histoire par une plongée en plan-séquence à travers les gigantesques branchages d’un arbre ou illustrant les jours qui passent dans un seul et même travelling circulaire. Dans un paysage culturel quelque peu réfractaire à ces nouveaux outils, ça fait plaisir.

Pour toutes ces raisons, la première réalisation de Jamel Debbouze reste, malgré ses nombreux défauts, un projet atypique qui mérite tout de même le coup d’œil.

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