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Culture
Comme un oiseau sur la branche
Birdman
D’Alejandro González Iñárritu | Comédie/Drame
Avec Michael Keaton, Edward Norton et Emma Stone


Beetlejuice

Michael Keaton est un acteur passionnant, une vraie gueule de cinéma doublée d’un performeur hors du commun (sa prononciation si particulière), qui n’aura hélas eu droit qu’à une reconnaissance aussi fulgurante que brève. Il commence par fouler les planches de quelques clubs de stand-up, puis débute au cinéma en obtenant l’un des deux rôles principaux du film Night Shift de Ron Howard. Après avoir enchaîné les petites comédies et refusé de prendre part à plusieurs futurs gros succès (dont SOS Fantômes), Keaton est révélé à la face du monde grâce à son incarnation démentielle de Beetlejuice dans le film éponyme de Tim Burton. Ce dernier lui offre ensuite une consécration définitive en insistant auprès de la Warner pour qu’il obtienne le rôle-titre de son adaptation de Batman. Sa prestation subtile, mélange d’espièglerie et d’infinie tristesse, dans cette immense réussite commerciale et critique ainsi que dans le chef-d’œuvre lui faisant suite fait définitivement de lui une star. Hélas, son ascension s’arrête là : refusant de poursuivre avec Batman Forever (du fait du départ de Burton et de l’orientation absurde choisie par Joel Schumacher), l’acteur revient à des projets de plus petite envergure. Malgré quelques apparitions notables (dont une dans le Jackie Brown de Tarantino), la gloire retombe et Michael Keaton se fait très vite oublier.

Batman Returns

Tout aussi passionnant, le plan-séquence est l’une des techniques de mise en scène les plus ardues et risquées du langage cinématographique. Consistant à tourner une scène entière en un seul et unique plan, la méthode est extrêmement malaisée à réaliser (elle nécessite une préparation importante en amont, est limitée par les possibilités techniques à disposition, et ne peut tolérer aucune erreur durant son exécution), mais se révèle également très casse-gueule dans l’effet qu’elle produit sur le spectateur (l’absence du rythme qu’apporte habituellement le montage peut facilement devenir plombante). Bien maîtrisé, l’exercice peut cependant se transformer en expérience visuelle immersive et intense comme jamais. Dans l’histoire du septième art, de très nombreux cinéastes s’y sont essayés, certains, comme Brian De Palma ou Alfonso Cuarón, en faisant même leur marque de fabrique. Ces dernières années, les technologies numériques ont permis de repousser toujours plus loin les limites que rencontre inévitablement l’élaboration d’un plan-séquence. Entre autres, la vidéo haute définition et les trucages en post-production facilitent la fabrication de l’ultime fantasme généré par la méthode : un film réalisé en un seul plan-séquence. Depuis les nonante minutes truquées de La Corde d’Hitchcock, plusieurs métrages ont relevé le défi du plan unique : L’Arche Russe et Timecode sont ainsi tournés en une longue prise sur support vidéo. Cette semaine sort d’ailleurs un nouveau film composé d’un seul plan-séquence : le drame iranien Fish & Cat.


Tout ça c’est bien beau, nous direz-vous, mais quel est le rapport avec Birdman ? Pourquoi vous parle-t-on donc de Michael Keaton et de plan-séquence ? Eh bien, tout simplement parce que la dernière création d’Alejandro González Iñárritu réunit ces deux éléments et les montre sous leur plus beau jour.

Riggan Thomson est une ancienne gloire de Hollywood qui avait connu un succès phénoménal avec son rôle du superhéros Birdman, avant de laisser sa place pour le quatrième film de la franchise. Retombé dans l’oubli le plus total depuis, il tente de se reconvertir dans le théâtre en montant à Broadway une adaptation d’une nouvelle de Raymond Carver. A quelques jours de la première, il doit faire face aux caprices de ses acteurs, aux inquiétudes de sa fille et de son ex-femme, ainsi qu’à ses propres démons.

Indéniablement, le récit de vie du héros de Birdman ressemble de très près à celui de son interprète, à savoir… Michael Keaton. Même si ce dernier nie dans tous les médias la forte part autobiographique que semble receler son personnage, il est évident que cette histoire d’un acteur qui a connu la gloire grâce à un rôle de superhéros et n’est jamais parvenu à s’en libérer comprend de nombreuses similitudes avec sa propre carrière (la correspondance est d’ailleurs explicitement soulignée dans la fausse bande-annonce de Birdman Returns publiée sur le net, qui pastiche de façon assez claire la seconde adaptation de Tim Burton).


Le parallèle avec la réalité ne s’arrête pas là, puisque le cadre de l’histoire est l’occasion pour Iñárritu d’étendre son propos au-delà du comeback méta de Keaton. Multipliant les références au Hollywood contemporain à grand renfort de name-dropping complice et de commentaire grinçant sur l’actualité cinématographique, le film développe une véritable réflexion sur le métier d’acteur, le cinéma, le show-business et le spectacle en général. Ainsi, les échanges successifs de Riggan Thomson avec l’acteur imprévisible qu’il dirige, la critique de théâtre dont l’avis déterminera le succès de sa pièce, ou encore sa fille en perdition, évoquent chacun une manière de concevoir l’art et la réussite en son sein.

De fait, Iñárritu est un cinéaste qui s’interroge réellement sur ce qu’il fait. A l’instar de son compatriote Alfonso Cuarón, il aime repousser les limites de son médium, expérimenter toutes les formes de narration et relever les défis techniques. Il était ainsi inévitable qu’il se lance un jour dans la réalisation d’un film en un seul plan-séquence.


Cette semaine, nous avons donc droit à deux longs-métrages qui tentent l’exercice. Au contraire de Fish & Cat, les deux heures de plan unique que composent Birdman sont truquées numériquement. Parfaitement bien masqués, les raccords permettent alors à Iñárritu de jouer avec le temps et l’espace de façon totalement libre. La fausse prise continue ne se déroule pas en temps réel tout du long, mais comprend de nombreuses ellipses. Pour effectuer ces transitions sans pour autant changer de plan, le cinéaste redouble d’inventivité : la tombée de la nuit ou le lever du jour sont montrés en accéléré, l’objectif traverse un écran de télévision pour se rendre dans le lieu diffusé par le poste ou fixe le soleil pour ensuite se retrouver téléporté ailleurs lorsqu’il s’en détourne, et l’on change même parfois de situation temporelle tandis que l’espace reste le même.

Omnisciente, d’une mobilité sans pareil, la caméra se balade avec fluidité dans le décor et flotte jusque dans ses moindres recoins, passe tout à coup en vue subjective, s’attarde sur un personnage pour ensuite continuer son chemin à la rencontre d’autres protagonistes. Jamais étouffant ni fatigant comme peuvent l’être certains plans-séquences outrancièrement longs et injustifiés, le procédé à l’œuvre dans Birdman est aussi virtuose que discret. Paradoxalement, on finit par oublier l’absence de changement de plan et ne plus prêter attention au tour de force qui se joue devant nous. Le tout est si fluide et précis que l’on se retrouve juste happé, en totale immersion, au plus près des personnages.


Ne reste alors plus qu’à savourer la performance grandiose qu’offre chacun des acteurs qui passent dans le cadre. Edward Norton est génial en starlette incontrôlable, Zach Galifianakis est méconnaissable en agent paniqué, Emma Stone et Naomi Watts sont très touchantes respectivement en fille paumée et en star ratée, mais avant tout, Michael Keaton livre ici l’une de ses prestations les plus justes et certainement les plus sincères. Il est ainsi particulièrement touchant de le voir presque jouer son propre rôle, exprimant des regrets et des blessures qu’il pourrait tout à fait avoir, pour finalement prendre une revanche qu’on lui souhaite également dans la réalité. Si l’Oscar lui est passé sous le nez, Birdman lui aura au moins valu sa première nomination et de fait la reconnaissance de son milieu comme des médias. Le film a quant à lui été récompensé par quatre statuettes, celles de Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Scénario Original et Meilleure Photographie. Le travail d’Iñárritu et de ses compères étant exemplaire (Emmanuel Lubezki, fidèle chef opérateur de Cuarón, nous gratifie comme à son habitude d’éclairages somptueux), on ne saurait (pour une fois) donner tort à l’Académie.

Film étrange et envoutant, Birdman est plus qu’une curiosité, plus encore qu’un exercice de style bête et vain. Il s’agit d’une déclaration d’amour au cinéma, aux acteurs, à la création. Un trip existentiel beau et fascinant.

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