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Culture
Parfums d'enfance
Bob L’Eponge – Le Film : Un Héros Sort de l’Eau
De Paul Tibbitt | Animation / Comédie
Avec Tom Kenny, Clancy Brown et Antonio Banderas


Bob l'Eponge, la série

Si on vous raconte l’histoire d’un homme-enfant naïf et gaffeur, qui travaille dans un fast-food, dont toutes les tentatives visant à passer pour un adulte se révéleront être des échecs, mais dont la propension à rêver et profiter des choses simples lui permettront d’entretenir une amitié fidèle avec son voisin, un chômeur un peu simplet, et surtout d’égayer le quotidien morne de son entourage, en particulier son autre voisin, un artiste raté irascible et obsédé par la réussite, son parton, un vieux marin avare, et enfin sa partenaire d’arts martiaux, une immigrée ayant le mal du pays, lesquels vont à son contact peu à peu réapprendre à s’émerveiller et ainsi reprendre goût à la vie…

Vous vous dites sûrement qu’il doit s’agir d’une chronique sociale très très sérieuse, de l’une de ces comédies dramatiques à l’air concerné, qui ont un message fort à faire passer à travers leur récit du quotidien des petites gens.

Si maintenant on précise que l’homme-enfant en question est une éponge qui vit dans un ananas au fond de la mer, qu’il peine à passer son permis de bateau, que le fast-food dans lequel il travaille vend des « pâtés de crabe », que son patron est lui-même un crabe, que ses deux voisins sont respectivement une étoile de mer qui vit sous un rocher et un calamar résidant dans une statue de l’Ile de Pâques, et enfin que son amie immigrée est un écureuil texan ayant décidé d’habiter sous l’eau…

Vous vous dites probablement qu’à L’auditoire on ne fume pas que la moquette, mais que le tapis, les rideaux et le papier-peint ont dû y passer aussi.

Bob l'Eponge, la série

Et pourtant, vous pouvez bien nous attribuer toute la démence que vous voudrez, ce qu’on vous raconte-là n’en reste pas moins vrai : Bob l’Eponge renferme bien plus que ne le laisse deviner son apparat de dessin animé mignon tout plein.

C’est un peu l’effet Simpson : ceux qui n’ont jamais vu une seule aventure d’Homer ont bien souvent un apriori conditionné par l’apparence « infantile » de la création de Matt Groening. Ils savent simplement que l’histoire tourne autour d’un gros mec jaune qui bouffe des donuts, et ça s’arrête là. Vu comme ça, pour eux, ça ressemble juste à un truc un peu bêta. Alors forcément, quand on leur explique que non seulement l’œuvre en question dispense un humour imparable dont les subtilités sont souvent hors de portée des plus jeunes, mais qu’en plus derrière les personnages ouvertement crétins et les situations absurdes se cache une véritable critique de la société américaine et de ses valeurs les plus fondamentales, ces gens-là sont un peu surpris.

Bob l’Eponge est une série sous-estimée. Certainement plus encore que Les Simpson. Sans doute parce que la manière dont la série vrille de l’intérieur le cadre du divertissement pour bambins est encore plus imperceptible.

Comme dans tout dessin animé à destination des tous petits, l’univers est coloré, les personnages sont rigolos, les histoires enseignent une petite morale, et on chante régulièrement, la musique permettant d’apprendre de façon plus ludique et surtout de faciliter le vivre ensemble.

Bob l'Eponge, la série

Mais il y a plus. Quelque chose d’inhabituel dans ce type de production.

Tout d’abord, une narration qui passe par une parfaite maîtrise du langage cinématographique. Inventive et dynamique, la mise en scène de la série se révèle extrêmement efficace, dotée d’une rythmique parfaite, usant d’effets comiques incalculables et multipliant les idées visuelles toutes plus barrées les unes que les autres. Le ton enfantin est alors doucement perverti par l’insertion de ruptures absurdes et d’images nonsensiques (des plans aux couleurs pastel et au dessin soudain plus détaillé font fréquemment leur apparition, de même que les prises de vue réelles squattent quelques fois l’animation), le show allant même jusqu’à jouer la carte du métatextuel (le personnage de Patchy le Pirate, président du fan-club de Bob l’Eponge, qui présente plusieurs épisodes). En somme, le style visuel est assez bien résumé par le générique lui-même.

Enfin, les nombreuses références à des genres tels que le polar et l’horreur (l’épisode Tueurs malgré eux, dans lequel Bob et M. Krabs sont persuadés d’avoir causé la mort d’un inspecteur sanitaire) ainsi qu’à des œuvres telle que 2001 : L’Odyssée de l’Espace (la découverte du feu sur la musique de Ligeti dans l’épisode Bob l’Eponge DC) achèvent d’élever la série au-delà du simple délire pour mioches.

Bob l'Eponge, la série

En réalité, la création de Stephen Hillenburg est un véritable pont entre le monde des adultes et celui des enfants. Glorifiant l’enfantillage et le comportement régressif jusqu’à un point qui semble la couper autant des petits que des grands (la propension des personnages à montrer leur cul, trop vulgaire pour les têtes blondes et trop crétin pour leurs matures de parents), la série encourage au contraire ces deux univers à la réconciliation.

Tandis que les tentatives du monde des enfants pour imiter celui des grands apparaissent souvent ridicules, le monde des adultes est quant à lui régulièrement ramené à une forme enfantine (l’auto-école prend ainsi les atours d’une véritable école primaire, devoirs et punitions compris). Au fond, on nous encourage, comme Bob, à être des hommes-enfants.

C’était d’ailleurs exactement le propos central du premier film adapté de la série (sorti en 2005 sur les écrans) : le héros s’y voyait refuser un poste important à cause de son caractère infantile. Tandis que le monde des adultes sombrait dans le chaos (son représentant suprême ayant perdu le symbole de son pouvoir), Bob tentait alors de prouver sa valeur en agissant lui-même comme un adulte. En vain : ce n’est au final qu’en acceptant sa part enfantine et en la propageant autour de lui qu’il sauvait le monde de l’uniformisation et de l’aliénation qui le guetteront toujours.


Plus qu’un divertissement débridé et génialement débile, Bob l’Eponge est ainsi une œuvre fondamentale, de ces odes à l’imaginaire qui nous rappellent l’importance de conserver à jamais notre âme d’enfant.

Un univers bien plus subversif qu’il n’y paraît et qui avait été parfaitement retranscrit dans le premier film de 2005. Notons que non content d’adapter brillamment la substance de la série au format long-métrage, ce dernier se payait en prime un caméo de David Hasselhoff à placer au top des apparitions incongrues de la star d’Alerte à Malibu.

On ne pouvait donc qu’attendre impatiemment le second passage au cinéma du brave Bob. On l’attendait d’autant plus que, depuis le départ de son créateur Stephen Hillenburg, la série a connu quelques baisses de rythme. L’actuel showrunner, Paul Tibbitt, succédant également à Hillenburg pour la réalisation de ce nouveau film, Un Héros Sort de l’Eau était l’occasion de vérifier que la franchise se porte toujours bien et qu’elle est restée l’œuvre fondamentale qu’elle était.


Sonnez les trompettes, Bob l’Eponge version 2015 est aussi crétin, maladroit et attachant qu’à ses débuts !

C’est la panique au fond de la mer : la recette secrète du pâté de crabe a nouvelle fois été volée, ce coup-ci par un pirate du nom de Steak Barbare, qui compte ouvrir son propre fast-food à la surface ! Sans ce précieux papier, le restaurant du Crabe Croustillant n’est plus en mesure de servir le célèbre mets qui assure la cohésion entre les habitants de Bikini Bottom. Tandis que la ville sombre inexorablement dans le chaos, Bob devra faire équipe avec Plankton, l’éternel rival de son patron, pour partir à la recherche de la recette, avant que tous deux ne soient finalement rejoints par Monsieur Krabs, Patrick l’étoile de mer, Carlo le calamar et Sandy l’écureuil.

Dès les premières minutes, le fan du plus débile des héros spongieux est en terrain connu : on est toujours dans la caricature du monde adulte sous une forme enfantine (l’histoire s’ouvre sur une gigantesque bataille de bouffe parodiant la Seconde Guerre mondiale) mise au service d’un conte débridé à la morale fédératrice (on loue cette fois-ci l’importance du travail d’équipe). Si cette suite apparaît légèrement en-dessous de son prédécesseur sur certains points narratifs, ces éléments déceptifs se transforment bien vite en nouveaux atouts. Le film peine peut-être à démarrer et se révèle un peu moins tenu dans son récit que le premier volet, mais il n’en est en contrepartie que plus inattendu. Si le scénario prend son temps et n’est pas toujours très bien construit, ce n’est que pour mieux partir dans tous les sens une fois lancé, et ce jusqu’à un extrême hautement réjouissant.


De fait, passée l’introduction explosive où nos héros défendent le Crabe Croustillant à coup de ketchup et de pommes-de-terre, on passe en un plan-gag à un univers post-apocalyptique clin d’œil à Mad Max, pour poursuivre avec un délire autour du voyage temporel, avant de finalement terminer en apothéose par un affrontement de superhéros dantesque qui met à l’amende la moitié de la production Marvel.

Bombardant nos rétines de mille idées visuelles, Un Héros Sort de l’Eau part également dans tous les sens au sein du cadre, au point de devenir presque expérimental par moment. Poussant à son paroxysme le mélange des styles propre à la série, le film alterne une nouvelle fois animation 2D et prises de vue réelles, mais y ajoute également des images de synthèse 3D et même un bref passage en stop-motion. Le tout étant mêlé avec harmonie de même qu’excellemment bien converti en relief, l’expérience est un vrai plaisir pour les yeux.


En ce début d’année pas vraiment guilleret, ce retour de Bob l’Eponge est une formidable bouffée d’air frais qui devrait être accessible à tous. Malheureusement, la constance se retrouve autant dans la franchise elle-même que dans sa considération : une fois de plus, le film est accueilli comme un bête divertissement pour gamins. Ainsi, par chez nous, il n’est programmé qu’aux « heures familiales » (aucune séance après 18h) et surtout distribué uniquement en version française. Les doubleurs officiels de la série étant plutôt bons, ça ne parait pas si grave. Pourtant, non seulement le doublage du film nous prive de la vraie voix d’Antonio Banderas (qui semble s’éclater dans le rôle du méchant), mais, du fait de l’incompréhension du matériau d’origine, il est également parasité par un choix de casting aussi opportuniste dans l’idée que peu convaincant à l’arrivée.

Comme Bob et Patrick, rêvons. Rêvons à un monde dont les écrans ne seraient pas pollués par les coups marketing montés sur de la littérature de bas étage faussement sulfureuse, mais resplendiraient des joyeux délires réellement irrévérencieux dont les habitants de Bikini Bottom sont les plus parfaits hérauts.

Rêvons à un monde dans lequel nous serions tous des « gloutons barjos ».

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