X
X
L'auditoire

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook
Culture
Vers des cieux plus cléments
Jupiter Ascending
De Lana et Andy Wachowski | Science-fiction
Avec Mila Kunis, Channing Tatum et Eddie Redmayne


Matrix

Le constat se répète dans nos lignes depuis maintenant un certain temps, mais il est hélas encore et surtout toujours plus d’actualité aujourd’hui : l’avenir du cinéma populaire est sombre. A l’heure où les studios se calquent les uns après les autres sur le modèle Marvel et s’enferment progressivement dans une logique de franchises standardisées, les projets originaux et ambitieux peinent à exister. Les cinéastes dont les créations sincères et exigeantes assuraient jadis la noblesse de la culture populaire voient ainsi leur liberté créatrice menacée. Si certains, en odeur de sainteté chez les majors, parviennent encore à imposer leur vision, d’autres ne pourront bientôt plus partager leur imaginaire débordant et leur envie de cinéma sans limite.

Indéniablement parmi les auteurs les plus intéressants de ces quinze dernières années, Andy et Lana Wachowski font hélas partie de la seconde catégorie. En cinq films, les frangin-frangine ont su exploser les carcans hollywoodiens et révolutionner le cinéma populaire, jouant avec les attentes du spectateur à un degré rarement atteint. Malheureusement, leur audace leur aura progressivement coûté leur public et de fait leurs moyens de production.

Matrix Reloaded

Premier coup d’éclat, Matrix créait un univers singulier à partir d’un mix subtil d’influences diverses, du cyberpunk au film d’art martiaux, et proposait une histoire dense et parfaitement construite, invoquant autant les grands récits mythologiques que les plus complexes traités philosophiques. Gros succès, ce premier opus sera suivi par deux séquelles largement incomprises. Souvent qualifiées d’inutiles, elles éclairent au contraire leur prédécesseur sous un nouveau jour et remettent complètement en question les bases établies.

En nous révélant que tout ce que l’on nous avait raconté était faux, ces deux suites emmenaient la franchise ailleurs sans pour autant trahir ce que le premier volet avait mis en place : même le troisième film, qui comporte indéniablement de nombreux soucis de rythme et d’efficacité, achève la saga de manière parfaitement logique en restant fidèle jusqu’au bout aux écrits de Joseph Campbell (pour s’en convaincre, lire l’analyse minutieuse de Rafik Djoumi, lequel prédisait très justement le plan final de Matrix Revolutions). Après s’être attaché à des personnages, il est difficile de les voir complètement paumés, d’apprendre qu’ils ne savent pas ce qu’ils font, qu’ils ont été manipulés (et de fait nous avec). Inévitablement, une grande partie du public rejettera les deux derniers Matrix.

Speed Racer

Après cinq ans d’absence, les Wachowski revenaient avec Speed Racer, adaptation du manga éponyme qui se veut un hommage décomplexé à la culture pop japonaise. Véritable dessin animé live, le film multiplie les expérimentations visuelles et réunit une nouvelle fois des inspirations aussi variées qu’extrêmement bien digérées, le gimmick emprunté au jeu vidéo côtoyant l’esthétique influencée par le mouvement d’art superflat.

Au-delà de l’incroyable expérience pour les yeux, Speed Racer, sous ses atours de joyeux film pour enfant, renferme également une réflexion sur la gloire et le pouvoir, une véritable critique du consumérisme et du système capitaliste. Malheureusement, public comme critique seront majoritairement aussi peu réceptifs à l’imagerie comme au fond du film, qui sera de fait un énorme échec.

Cloud Atlas

Loin de revoir leurs ambitions à la baisse, les Wachowski s’associaient ensuite avec Tom Tykwer pour réaliser Cloud Atlas, œuvre colossale qui repousse les limites de la narration, de la performance d’acteur et du montage. Produit entièrement en indépendant, cet énorme film choral sera victime de son caractère difficilement définissable au vu de ses velléités multiples ainsi que du manque de publicité qui accompagne sa sortie en salles. Résultat : nouveau bide commercial.

La filmographie des Wachowski est ainsi l’une des plus intéressantes car foncièrement intègre, conservant sa profession de foi originelle quoi qu’il arrive. Toutes ces œuvres partagent la même exigence dans leur conception, la même envie d’éclectisme et de mélange des genres, le même désir d’un cinéma à la fois généreux et parfaitement tenu. C’est également ce qui caractérise Jupiter Ascending. Et malheureusement, la nouvelle création des Wachowski risque de subir le même sort qui fut celui de Speed Racer et Cloud Atlas.


On nous y conte le destin de Jupiter Jones, jeune femme de ménage haïssant son quotidien, qui va être embarquée malgré elle dans une aventure aux confins de l’univers dont dépendra l’avenir de la Terre. Après avoir découvert qu’il existe bel et bien une vie au-delà de la Planète Bleue (cachée à la vision des humains par un stratagème qui renvoie à la fausse réalité de Matrix), l’héroïne apprend son ascendance extraterrestre et royale, lui donnant le droit de revendiquer le trône de la Terre. Pourchassée par la fratrie Abrasax, une très ancienne famille vampirisant littéralement la moitié de l’univers, Jupiter est forcée de s’enfuir de sa planète. Epaulée par Caine Wise, un super-soldat dont les gènes ont été croisés avec ceux d’un loup, elle devra accepter son nouveau statut et faire un choix déterminant dans la survie de l’humanité.


Qu’on se le dise, Jupiter Ascending est une claque à la mesure des précédentes créations des Wachowski, un festin visuel doublé d’un récit d’une richesse thématique bien plus grande qu’à première vue, et indéniablement le meilleur film de ce début d’année. Pourtant, comme annoncé, on ne donne pas cher de sa peau. A l'instar des deux suites de Matrix, de Speed Racer et de Cloud Atlas, tous les éléments qui en font une œuvre originale et subversive risquent fort de devenir les instruments de son échec.

Tout d’abord, un récit toujours libre qui, au sein d’un univers de space opera pur et dur, développe un fil rouge de conte de fée autour duquel se tissent des références mythologiques, un sous-texte de lutte des classes et même une critique de la bureaucratie à travers un humour absurde à la Terry Gilliam (qui cautionne d’ailleurs l’inspiration en apparaissant lui-même à l’occasion d’un caméo jouissif). Aussi denses et complexes qu’à l’accoutumée, les nombreuses ramifications narratives de Jupiter Ascending pourraient bien perdre les spectateurs les moins réceptifs.


Ensuite, un visuel toujours foisonnant et ambitieux, qui ose un production design décomplexé multipliant décors gargantuesques et créatures folkloriques. Ainsi, les vaisseaux spatiaux high-tech survolent de monstrueux palais à l’architecture baroque, tandis que les oreilles pointues de Channing Tatum côtoient autant des petits hommes gris vicelards que des hommes-lézards volants. Le cynisme méprisant étant à la mode, on entend déjà les ricanements des habituels moqueurs ne voyant là qu’un délire régressif et grotesque.

A cela s’ajoutent malheureusement de réels soucis qui, s’ils sont bien négligeables face à tout le reste, risquent de rebuter une partie du public. Non seulement le scénario laisse peu de portes d’entrée et entre directement en matière en balançant très succinctement ses informations capitales, mais il comporte également de nombreuses ellipses étonnamment abruptes. De fait, l’histoire semble avoir été compressée pour tenir en deux heures. S’agit-il d’une volonté des Wachowski, qui auraient décidé de mettre de l’eau dans leur vin et d’éviter de réitérer les presque trois heures de Cloud Atlas ? Ou est-ce plutôt une exigence de la Warner ? Difficile à dire.


Ce qui est certain, dans tous les cas, c’est que le studio ne fait rien pour vendre le film, bien au contraire : après avoir été repoussé de juillet dernier à la période morne de février, Jupiter Ascending n’a absolument pas été promu, le département marketing ayant réduit son action au strict minimum. Et on ne parle pas, par chez nous, de la traduction hallucinante de bêtise du titre, qui devient en français « Jupiter, le Destin de l’Univers »…

Toutes ces raisons vont probablement condamner la carrière en salles du film. Et c’est fort regrettable. Parce qu’exceptés les quelques indéniables faiblesses que nous venons de mentionner, la dernière œuvre des Wachowski est une réussite à tous les niveaux. Outre son écriture et sa plastique, qui ne peuvent que transporter s’ils sont accueillis avec le premier degré qu’ils méritent, Jupiter Ascending propose tant de choses. Des choix de casting toujours pertinents : le couple de héros fonctionne étonnamment bien et, face à lui, le frêle Eddie Redmayne livre un intéressant méchant qui chuchote ses invectives. Un excellent score de Michael Giacchino : certes moins marquante que son travail sur John Carter, la musique se révèle tout de même extrêmement galvanisante dans son utilisation récurrente des chœurs. Enfin, évidemment, une mise en scène inspirée et ultra dynamique : l’ahurissante poursuite aérienne dans Chicago ou le dernier quart d’heure apocalyptique sont aussi jouissifs que la rencontre qui ouvre le film est émouvante.


Jupiter Ascending ose tout, joue avec les limites, flirte avec le ridicule, mais retombe toujours sur ses pieds. Comme la trilogie Matrix, Speed Racer et Cloud Atlas, il est le digne représentant d’un cinéma populaire noble, qui ne sert pas en boucle la même formule abrutissante de blockbuster faisandé, mais explore à chaque coup de nouveaux horizons, qui ne prend pas son public pour un con, mais lui offre au contraire une expérience originale et enrichissante.

Cette année 2015 est déterminante : au côté de l’habituelle foultitude de remakes foireux et de suites opportunistes, une quantité réjouissante de vrais beaux projets sortiront des fourneaux des grands studios. Si l’on veut s’assurer un avenir radieux sur les écrans, il faut impérativement les soutenir. Délaissez la pilule bleue du cinéma formaté et terne, et croquez à pleines dents la pilule rouge de l’imaginaire et de la création. Refusez les productions paresseuses et condescendantes, et accueillez à bras ouverts les œuvres riches, ambitieuses et sincères. Avant de vous émerveiller devant Mad Max : Fury Road, Tomorrowland et Inside Out, courez voir Jupiter Ascending. Laissez tomber votre cynisme et embrassez pleinement l’aventure fantastique que vous offrent les Wachowski.

Faites en sorte que l’appel à une suite lancé par le final ne reste pas sans réponse, et surtout que ce grand spectacle ne soit pas le dernier de ses auteurs.

Comprenez le choix, et faites-le.

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Recherchez dans les articles

Agenda

Sélection d'événements choisis par la rédaction, pour ne plus rien manquer dans la région.

auditoire

Abonnez-vous, c'est gratuit!

L'auditoire n'est plus envoyé automatiquement à toute la communauté universitaire.
Si vous souhaitez continuer à recevoir notre douce prose dans vos foyers, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous.

Et si vous nous aimez vraiment beaucoup, vous pouvez souscrire à un abonnement de soutien.