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Culture
Coup de théâtre
Une Heure de Tranquillité
De Patrice Leconte | Comédie
Avec Christian Clavier, Carole Bouquet et Stéphane De Groodt



Adapter une pièce de théâtre au cinéma n’est pas chose facile. A force de déconvenues, on le sait. Ces dernières années, beaucoup se sont essayé à l’exercice pour finir par s’y casser les dents. Même Polanski s’était ramassé avec Carnage, transposition maladroite de l’œuvre de Yasmina Reza dans laquelle il répétait inlassablement les mêmes plans fixes et laissait sombrer ses acteurs dans un surjeu complètement déplacé. Cet échec illustre d’ailleurs tout le risque de s’attaquer à une pièce qui suit la règle classique des trois unités : l’intrigue unique en huis-clos implique un rythme d’autant plus soutenu et un développement d’autant plus fort sous peine de lasser par redondance. De même, le verbe souvent foisonnant d’un tel matériau de base menace de se transformer à l’écran en un babillage fatigant qui tend à exprimer beaucoup trop littéralement un propos que les images avant tout devraient véhiculer.

Heureusement, certains parviennent tout de même à s’en sortir avec les honneurs. L’exemple le plus prégnant est sans aucun doute le formidable Douze Hommes en Colère de Sidney Lumet. On a déjà vu plus exaltant que douze mecs qui discutent autour d’une table pendant une heure et demi. Et pourtant, le film nous tient en haleine, nous captive et nous remue bien plus que n’importe quel blockbuster pyrotechnique. Tout simplement parce que ses interprètes ne surjouent pas et que son réalisateur raconte son histoire par le montage, par sa caméra, par sa mise en scène ; en bref, parce qu’il ne fait pas du « théâtre filmé », mais bien du cinéma.


Plus récemment, Le Prénom et Les Garçons et Guillaume, à table ! se sont révélés de bonnes surprises. Des réussites d’autant plus surprenantes que, dans les deux cas, il s’agit d’adaptations réalisées par les auteurs mêmes des pièces d’origine. Si un tel processus assure bien entendu une fidélité au matériau d’origine, il ne garantit en rien la qualité du résultat final : l’œuvre adaptée peut bien être excellente, si son auteur ne maîtrise pas le nouveau support et ne saisit pas les différences fondamentales entre les deux médiums, ça ne fonctionne tout simplement pas. Dans le registre littéraire, entre Stephen King adapté par lui-même (Maximum Overdrive) et Stephen King adapté par Frank Darabont (Les Evadés, La Ligne Verte, The Mist), le choix est vite fait - et on ne parle ici que des adaptations approuvées par King, puisqu’on pourrait évidemment mentionner Kubrick…

Patrice Leconte, lui, n’est pas l’auteur d’Une Heure de Tranquillité. Et il a beau avoir mis en scène quelques pièces de théâtre, il est avant tout un cinéaste aguerri. Réalisateur rodé des comédies (les trois Bronzés, Viens chez moi, j’habite chez une copine), il est également prompt à explorer d’autres genres (Monsieur Hire, Une Promesse). Sa connaissance des deux médiums concernés par l’adaptation, sa maitrise de la rythmique de l’humour et sa capacité à faire exister ses personnages semblaient assurer à Une Heure de Tranquillité tout au moins une certaine efficacité. Et c’est hélas tout ce qu’on peut accorder au film…

C’est l’auteur de la pièce lui-même, Florian Zeller, qui l’adapte ici pour le cinéma de manière très fidèle, selon ses dires. Reprenant le rôle tenu sur les planches par Fabrice Luchini, Christian Clavier y incarne Michel, petit bourgeois menteur et égoïste qui trompe sa femme, délaisse son fils et méprise ses voisins. Un matin, il dégote un album rarissime de son jazzman favori et rentre alors immédiatement chez lui, comptant bien profiter d’une heure de tranquillité pour l’écouter. Malheureusement pour lui, son entourage a justement décidé ce matin-là de l’assaillir de requêtes, reproches et autres révélations.


Une intrigue simple, fleurant bon le vaudeville sur certains aspects, mais qui renferme néanmoins un matériel tutoyant L’Avare et pouvant donner lieu à une bonne comédie de mœurs. Mais Une Heure de Tranquillité n’est qu’à peine une bonne comédie.

Le huis-clos est tout de même étendu, puisque le récit nous balade dans une bonne partie de l’immeuble dans lequel réside son héros, la caméra ne reste donc pas cloitrée dans une seule pièce. Au contraire, elle se déplace régulièrement et laisse entrer dans son cadre de multiples personnages se succédant à un rythme plutôt soutenu. Les dialogues sont également nombreux et les échanges animés se suivent sans réel temps mort. Le film ne nous laisse ainsi que peu d’occasion de nous ennuyer, et pourtant l’exercice tourne rapidement à vide.

La mise en scène de Leconte parvient à éviter les plans fixes à rallonge et les premières minutes sont plutôt efficaces, mais bien vite, l’on se rend compte que l’adaptation n’a pas été faite jusqu’au bout. Certaines situations et quelques personnages, qui fonctionnaient peut-être sur les planches, se retrouvent inadaptés à une œuvre de cinéma. Parmi les nombreux soucis de traitement, si certains sont indéniablement imputables à Leconte, telle la direction de certains acteurs au jeu outrancier (l’accent polonais d’Arnaud Henriet, tout droit sorti d’un spectacle de revue), les principaux problèmes se trouvent en réalité dans l’écriture.


N’ayant pas vu la pièce d’origine, nous ne savons pas ce qu’il en est d’Une Heure de Tranquillité sur scène. En revanche, Une Heure de Tranquillité à l’écran souffre très clairement d’un scénario sous-écrit qui développe mal ses personnages et ne raconte finalement pas grand-chose. Le héros n’évolue pas, on ne fait que souligner inlassablement son égoïsme (l’album qu’il veut écouter s’appelle Me, Myself & I, z’avez saisi ?), son caractère ne bouge pas d’un millimètre pendant tout le film… sauf dans les cinq dernières minutes. Alors qu’il aurait mille occasions d’amorcer le revirement futur du personnage (l’intéressante révélation sur la véritable nature de l’album n’a finalement aucune incidence sur la suite de l’intrigue), Zeller préfère le repousser jusqu’à la fin et le bâcler vite fait dans une dernière scène que même le caméo de Jean-Pierre Marielle n’empêche pas de tomber à plat. Le Prénom avait beau frôler dangereusement la surenchère dans son dernier quart d’heure, la conclusion fonctionnait, tout simplement parce que les personnages étaient suffisamment développés et attachants pour qu’on y croie encore. Ici, ça ne marche tout simplement pas.

Quelques répliques font mouche, et il faut avouer que c’est toujours trippant de voir Christian Clavier s’exciter comme un goret, mais globalement, Une Heure de Tranquillité reste bien insignifiant.

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