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Culture
La Fin De Toutes Choses
Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées
De Peter Jackson | Fantasy
Avec Martin Freeman, Ian McKellen et Richard Armitage



Il y a tout juste un an, jour pour jour, nous nous extasiions devant La Désolation de Smaug, trépignant d’avance de découvrir la conclusion monumentale qu’annonçait ce second opus. Aujourd’hui, La Bataille des Cinq Armées s’impose à la fois comme un magnifique cadeau de Noël achevant de façon réjouissante une année cinéma plutôt morne, un dernier acte dantesque clôturant en beauté la trilogie du Hobbit et un adieu définitif à la Terre du Milieu.

Après une quinzaine d’années passées à donner vie à l’univers de Tolkien, Peter Jackson et son équipe mettent le point final à leur histoire. Quinze ans d’une aventure humaine aussi forte que rare et six films uniques qui auront marqué à jamais l’Histoire du cinéma et la culture populaire. Une création vertigineuse qui a redéfini les mondes du rêve comme les moyens de les créer : réussites artistiques indéniables, ces deux trilogies ont imposé de nouveaux standards, tant dans leurs univers graphiques que dans leurs modes de production.


Ces dernières années ayant vu les blockbusters se formater les uns à après les autres et les projets sincères et originaux se raréfier, cette création à l’imaginaire foisonnant et à la générosité sans borne faisait figure de bouée de sauvetage au milieu d’un océan de cynisme et de calculs de marché. Mais cette fois-ci, c’est bel et bien terminé. Du moins, pour le moment : seuls les droits du Hobbit et du Seigneur des Anneaux avaient été vendus par Tolkien lui-même à la fin des années 1960. Le reste de son œuvre appartient toujours à la Fondation Tolkien, qui ne semble pas prête de lâcher quoi que ce soit. De plus, Peter Jackson a clairement exprimé son désir d’explorer de nouveaux territoires : outre Tintin 2 et quelques autres projets d’adaptation, le néo-zélandais souhaiterait revenir à quelque chose de plus simple, dans la lignée de son Créatures Célestes.

En l’état, La Bataille des Cinq Armées est donc effectivement un adieu à la Terre du Milieu. Et cet opus final boucle la boucle de fort belle manière.

C’est peu dire que la trilogie du Hobbit aura divisé. Point central des dissensions, la grande question de l’adaptation risque une nouvelle fois de faire couler de l’encre sur ce troisième film. Avant même la sortie d’Un Voyage Inattendu, la décision de séparer l’œuvre en trois parties aura donné lieu à de vives critiques. D’un côté, les railleries de détracteurs précoces ayant décidé qu’il s’agissait forcément là d’une manœuvre mercantile, sans avoir pour la plupart lu un mot de Tolkien. De l’autre, l’inquiétude légitime de fans sincères quant au respect de l’univers qu’ils chérissent. En réponse à ces deux postures, revenons une ultime fois sur deux aspects fondamentaux dans l’appréciation des films de Peter Jackson : la nature du matériau de base et la notion même d’adaptation.


Comme cela a été souligné à maintes reprises, à l’origine, Bilbo le Hobbit est un conte, que J. R. R. Tolkien écrit pour ses enfants sous forme d’histoire du soir. Mais lorsqu’il rédige cette « petite aventure », le professeur d’Oxford a déjà tout un monde en tête qui attend d’être couché sur le papier. Ce roman n’est ainsi qu’une mise en bouche avant que la Terre du Milieu ne soit révélée dans toute son ampleur par Le Seigneur des Anneaux et le monumental Silmarillon. Un conte enfantin qui n’en reste pas moins un chef-d’œuvre, certes, mais dont il ne faudrait pas oublier les problèmes qu’il posa à Tolkien lui-même : en élaborant le reste de sa mythologie, l’auteur a fait évoluer les bases posées par Le Hobbit, parfois au point que certains éléments en deviennent des contradictions. Afin d’assurer la cohérence entre ce premier récit et ses suites, il a ainsi rédigé les Appendices (présents à la fin de chaque opus du Seigneur des Anneaux) et Les Contes et Légendes Inachevés (publiés à titre posthume), mais a également obtenu de pouvoir rééditer son roman dans une nouvelle version agrémentée de quelques passages réécrits. Notamment, il y modifie la rencontre avec Gollum, rendant la créature bien moins sympathique qu’à l’origine.


Faisant face à la situation inverse mais à la même problématique, Peter Jackson avait l’avantage de pouvoir utiliser le matériau des Appendices pour le mêler à celui du Hobbit. Ayant commencé par Le Seigneur des Anneaux, il se devait d’assurer une continuité entre les deux histoires, ce qui impliquait de remplir les blancs laissés par Tolkien, mais également de procéder à quelques modifications. N’en déplaise aux apôtres du copier-coller, adapter une œuvre littéraire à l’écran ne signifie pas reproduire à la lettre les moindres péripéties du récit, mais bel et bien en retranscrire l’esprit, le sens, la substantifique moelle. Les médiums ne sont pas les mêmes, la forme ne peut donc être identique.

Cet état de fait avait déjà mené Jackson et ses co-scénaristes à réorganiser la chronologie du Seigneur des Anneaux, entremêlant des récits parallèles qui chez Tolkien se succédaient de manière beaucoup plus tranchée. Ainsi, dans Les Deux Tours, les pérégrinations de Frodo et Sam nous étaient racontées d’un bloc durant toute la seconde moitié, le livre s’achevant sur l’affrontement avec l’araignée Shelob. De même, certains éléments avaient été rajoutés ou modifiés (l’importance accrue du rôle d’Arwen) et d’autres simplement enlevés (le personnage de Tom Bombadil), ceci afin de rendre le récit plus fluide et dynamique, en bref, plus cinématographique. Les films extrapolaient, certes, mais n’inventaient ni ne travestissaient rien, se contentant d’approfondir des idées déjà présentes. De fait, le Faramir du roman se trouve être beaucoup moins sombre que son alter-ego filmique : chez Tolkien, il est dès le départ acquis à la quête de Frodo et Sam. Le faire hésiter, ajouter cette tentation par l’Anneau à laquelle avait succombé son frère permettait d’accroître la tension dramatique des Deux Tours (ce qui n’empêchait pas le personnage de se révéler finalement bien être la figure noble du roman).


La même méthode a bien entendu été appliquée au Hobbit, mais à un degré autre. Nous sommes déjà suffisamment revenus sur la pertinence de la séparation en trois volets. Le cliffhanger de La Désolation de Smaug a beau avoir dérouté bon nombre de spectateurs, il ne s’agissait pas là d’un bête effet racoleur ou d’une coupe faite au hasard. Contrairement à ce qu’on a pu dire, ce second volet ne se terminait pas n’importe où sans boucler quoi que ce soit. Il ne s’interrompait pas trop tôt, ni trop tard d’ailleurs, mais précisément à l’instant prévu.

Nous vous renvoyons au récent papier sur Star Wars pour constater que La Désolation de Smaug est très clairement L’Empire Contre-Attaque de la Terre du Milieu. Amorcés dans Un Voyage Inattendu (particulièrement dans la version longue), le caractère impétueux et l’aveuglement de Thorin trouvaient ici leur accomplissement négatif. Aveuglé par sa soif de reconquête, le roi des Nains sombrait peu à peu du côté obscur, négligeant les avertissements de Barde, abandonnant ses neveux et se révélant même prêt à sacrifier la vie de Bilbo. L’ultime réplique du Hobbit (« Qu’avons-nous fait ?.. ») annonçait ainsi que la Cité de Lacville serait un futur dommage collatéral de cet empressement. Ce second opus bouclait bel et bien une nouvelle étape (celui de la remise en cause des bases établies), tout en laissant évidemment les principaux enjeux irrésolus (et les héros dans la merde). Comme toute bonne pièce centrale d’un grand récit en trois acte, La Désolation de Smaug ébranlait les acquis du premier opus et mettait en place les événements du grand final.


Parti pour s’appeler Histoire d’un Aller et Retour, le troisième et dernier chapitre du Hobbit a été tardivement rebaptisé La Bataille des Cinq Armées. Un changement de titre judicieux, puisque l’affrontement en question occupe la quasi-totalité du métrage : une fois passée l’impressionnante destruction de Lacville par Smaug, la première heure s’attache à faire converger tous les enjeux aux portes d’Erebor, avant que la seconde moitié ne les fasse s’entrechoquer avec force et déroule devant nos yeux pas loin de quarante minutes de combat acharné. Ainsi, les arcs narratifs amorcés dans l’opus précédent se nouent progressivement en une montée en tension, puis servent logiquement de liant émotionnel à l’impressionnant déferlement d’action qui éclate. A ce titre, les ajouts scénaristiques se révèlent clairement bénéfiques quant à la substance dramatique supplémentaire qu’ils apportent au récit. On pense bien évidemment au personnage de Tauriel, mais également à d’autres plus petits détails qui viennent renforcer subtilement certaines thématiques. Citons, entre autres, le parterre d’or formé par la dissolution de la statue à la fin du deuxième film. Déjà

employé comme symbole de l’empressement de Thorin (cette représentation du royaume perdu des Nains finissait par fondre car démoulée trop tôt), le liquide doré trouve dans ce dernier volet une nouvelle signification lors d’une très belle scène hallucinatoire.

La perversion de Thorin, le triangle amoureux Legolas-Tauriel-Kili, ou encore l’égoïsme de Thranduil trouvent donc leur résolution sur le champ de bataille et y assurent l’implication émotionnelle. Ne reste alors plus à Peter Jackson qu’à nous exploser les rétines comme il sait si bien le faire. Indéniablement, l’ampleur de cette Bataille des Cinq Armées n’atteint pas celle des Champs du Pelennor qui était au cœur du Retour du Roi. De fait, elle n’offre pas non plus une scène aussi puissante que la charge des Rohirrims.

Néanmoins, le Jackson metteur en scène de 2014 enterre clairement celui de 2003 et nous balance à la face les séquences d’action les plus dingues qu’on ait vu depuis… La Désolation de Smaug.


Entre un affrontement jouissif opposant le Conseil Blanc aux Nazguls, une charge épique des Nains à dos de mouflons, ou encore un intense duel final de Thorin et Azog sur la glace, ce dernier chapitre enchaîne les moments forts à un rythme effréné. Au milieu de ce déchaînement de fureur, on pourrait croire que Bilbo peine à exister : il n’en est rien.

Nombreux ont été ceux à déplorer, dans le second volet, le manque de temps de présence à l’écran du Hobbit. Si le personnage était au centre d’Un Voyage Inattendu, sa suite, en fragmentant le groupe de héros et en introduisant de nouvelles figures, glissait vers le film choral et s’attardait donc sur d’autres intrigues en parallèle de son parcours. Vu la multiplicité des arcs narratifs, l’oncle de Frodo est évidemment loin d’être omniprésent dans La Bataille des Cinq Armées. Après tout, comme le lui dit texto Gandalf en le quittant à l’orée de la Comté, il n’est « qu’un minuscule individu dans le vaste monde ». Pour autant, le Hobbit termine bel et bien son parcours initiatique et, comme c’était déjà le cas dans La Désolation de Smaug, son rôle reste crucial dans l’acheminement de l’intrigue.


Quant à la résolution, on pourrait certes regretter que certains enjeux se règlent un peu vite, tel le cas de Sauron, bouclé en début de film. Une rapidité d’exécution qui n’enlève pourtant rien à la cohérence de la conclusion et sera certainement corrigée dans la version longue - qui comprendra trente minutes supplémentaires et devrait permettre de rééquilibrer tout cela. Après tout, Le Retour du Roi version cinéma comprenait les mêmes problèmes. A l’inverse, d’autres passages auraient peut-être gagnés à être raccourcis, comme l’affrontement entre Thorin et Azog, qui tire légèrement en longueur. Malgré tout, cet ultime épisode réussit admirablement ce qu’échouait à accomplir la prélogie Star Wars : boucler la boucle.

La réplique de Bilbo sur « le beurre étalé sur une trop grande tartine » a souvent été reprise pour railler l’étirement du matériau narratif par Jackson. De notre côté, on retournerait bien la métaphore culinaire dans l’autre sens. Cracher sur ce Hobbit, comme d’ailleurs sur tout le cinéma de Peter Jackson, reviendrait à reprocher à un cuisiner de nous servir une assiette trop garnie : peut-être n’arrivera-t-on pas au bout, peut-être finira-t-on légèrement ballonné, mais on aura au moins la satisfaction d’avoir bien bouffé. On peut reprocher tout ce qu’on veut à Peter Jackson, il reste indéniablement l’un des cinéastes actuels les plus généreux qui soient.


La Bataille des Cinq Armées offre tant, dans son univers, son bestiaire, ses personnages, son histoire ou sa mise en scène, qu’en ce qui nous concerne, la reconnaissance l’emporte sur l’envie de pinailler. Sincère et humble jusqu’à la fin, le film se clôt enfin sur une conclusion en contrepied de celle du Retour du Roi. Au départ déchirant répond ici un retour sobre, simple, mais pas moins touchant. La dernière scène renoue avec Le Seigneur des Anneaux. La magnifique chanson du générique, interprétée par Billy Boyd, se termine sur les mêmes mots qu’adressait Bilbo aux siens avant de les quitter. La boucle est bouclée. Nous pouvons dire adieu à la Terre du Milieu.

Jusqu’à notre prochaine rencontre ?

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