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Des étoiles plein les yeux
Dévoilé vendredi dernier, le premier teaser de Star Wars : Episode VII a évidemment créé l’événement. Avant de revenir sur ces nonante secondes qui ont tant fait parler d’elles, il est utile de s’interroger sur ce qu’est Star Wars aujourd’hui et sur ce qu’implique son retour au cinéma.


Le monde aura tout juste eu le temps de se remettre de la très inquiétante bande-annonce de Jurassic World que débarquaient trois jours plus tard les images les plus attendues du moment : celles du prochain Star Wars. Visionné en boucle, partagé et retweetté à l’infini, ce premier teaser aura affolé internet comme jamais. Et nous n’en attendions pas moins de la part de la franchise la plus mythique de l’univers. Car il ne s’agit pas là de n’importe quelle saga populaire un tant soit peu renommée. Non, ici, nous avons affaire à un cas particulier et extrêmement rare. Au même titre que Le Seigneur des Anneaux, Star Wars fait partie de ces créations galvanisantes et fédératrices, de ces récits universels véhicules d’une véritable expérience humaine, de ces mondes merveilleux qui en appellent à l’imaginaire de chacun. Un phénomène tel qu’il dépasse l’entendement et rend très souvent difficile toute analyse et tout raisonnement à son égard.

C’est donc peu dire que l’Episode VII est attendu. L’annonce de sa mise en chantier aura réjoui autant qu’inquiété, le rachat de la licence par Disney étant synonyme pour beaucoup de greffe d’oreilles de Mickey sur Dark Vador. A l’heure où se dévoilent les premières images de cette suite, les réactions vont de l’engouement total à la franche déception (entre deux, il y a aussi ceux qui s’en tapent). Avant de se lancer dans des pronostics quant à l’avenir de Star Wars, il n’est pas inutile de s’intéresser à l’état actuel de la franchise. Aux fans qui regrettent que George Lucas lâche son univers au profit d’une major qu’ils voient déjà infantiliser et pervertir leur saga favorite, il serait bon de rappeler deux choses : tout d’abord, que la vente des droits à Disney cache une histoire plus vieille et complexe que les réactions qu’elle a suscité, mais surtout, que la franchise Star Wars a déjà été infantilisée et pervertie depuis bien longtemps.


L’homme derrière le mythe

Le carton planétaire de l’opus original à sa sortie en 1977 n’est pas dû en premier lieu à son univers foisonnant, qui mêle astucieusement des éléments empruntés au space opera façon Flash Gordon, au western ou même au chanbara japonais (on parle bien de « sabre » laser). Si Star Wars a conquis instantanément un public aussi large, c’est avant tout parce que son récit est aussi limpide que puissamment évocateur.

A l’origine des aventures de Luke Skywalker, on trouve un livre : Le Héros Aux Mille Visages. Dans cet ouvrage, l’écrivain et anthropologue Joseph Campbell développe la théorie du monomythe. S’inspirant des théories de Freud et Jung, il compare de nombreuses mythologies et religions de tous horizons, et met en évidence la récurrence de certains schémas archétypaux dans chacun de ces récits. Son travail révèle ainsi que tous les mythes racontent au fond la même histoire, celle qu’il nomme « le voyage du héros ». En substance, il s’agit du récit initiatique universel : un héros, appelé à l’aventure, quitte le confort de son monde d’origine, subit un certain nombre d’épreuves durant lesquelles il recevra l’aide d’un mentor, affronte la mort et revient finalement dans son monde d’origine, détenteur de la sagesse. Selon Campbell, si l’humanité se répète inlassablement cette histoire, c’est parce qu’elle nous rappelle ce qu’est notre condition d’être humain.


Véritable outil narratologique, cette structure est reprise par Christopher Vogler, analyste pour Hollywood, dans son ouvrage Le Guide du Scénariste, qui définit alors une méthode d’écriture qui sera appliquée à de nombreux films, notamment chez Disney. Il n’est dès lors pas étonnant de constater que la plupart des grandes sagas cinématographiques de ces dernières années suivent précisément ce schéma. C’est le cas par exemple de Matrix ou du Seigneur des Anneaux. Ce n’est pas pour rien que La Communauté de l’Anneau comme Un Nouvel Espoir contiennent tous deux un passage qui voit les héros traverser le repaire de l’ennemi (la Moria, l’Etoile Noire) et y perdre le plus sage de leurs membres (Gandalf, Obi-Wan) : il s’agit là d’une étape fondamentale dans le voyage initiatique que Campbell nomme « le Ventre de la Baleine ».

Si le premier Star Wars a trouvé autant résonnance dans l’inconscient collectif et que son script est aujourd’hui enseigné dans les universités, c’est parce que George Lucas y met en pratique sa lecture de l’œuvre de Campbell. Néanmoins, au même titre que cette inspiration ne garantit pas nécessairement une bonne histoire, attribuer le seul mérite à Lucas serait oublier les premiers scripts catastrophiques qu’il avait écrit et l’aide extérieure non négligeable lui ayant permis de resserrer son récit. En effet, dans ses ébauches originelles, l’auteur ne pouvait s’empêcher de partir dans tous les sens et ne parvenait pas à intéresser à ses personnages. Les conseils de sa femme, de ses amis (Spielberg, Coppola, De Palma) et surtout de son producteur Gary Kurtz l’ont forcé à trier, élaguer et fluidifier son intrigue, jusqu’au résultat limpide que l’on connait.

Irvin Kershner, Gary Kurtz, George Lucas et Lawrence Kasdan

Le passage du côté obscur

L’image d’un George Lucas unique et génial créateur de Star Wars est donc à nuancer. D’autant plus lorsque l’on s’intéresse aux épisodes suivants : occupé à gérer son empire naissant, le créateur laisse la réalisation du second opus à Irvin Kershner et confie l’écriture du script à Leigh Brackett, d’après son propre synopsis. Suite au tragique décès de cette dernière, Lawrence Kasdan, qui venait d’écrire le scénario des Aventuriers de l’Arche Perdue, est appelé à l’aide pour retravailler son premier jet. Tous trois passionnés par le matériau mythologique de la franchise, Kurtz, Kershner et Kasdan s’attèlent à travailler l’évolution archétypale du récit.

Souvent considéré comme le meilleur épisode de tous, L’Empire Contre-Attaque est sans doute le mieux écrit et réalisé, mais pas nécessairement le plus spectaculaire, puisqu’il se concentre avant tout sur l’humain. Comme le décrit Gary Kurtz lui-même dans l’une de ses rares interviews, « c’est un second acte typique d’une pièce en trois actes. C’est l’acte des problèmes : tout le monde est en difficulté et essaie d’en sortir, et habituellement la fin du second acte laisse tout le monde dans la merde. En un sens, L’Empire fait ça. La main de Luke est tranchée, Han Solo est congelé et emmené ailleurs ; tous les

éléments-clés sont laissés irrésolus. » On remarquera au passage que cette définition peut également s’appliquer à La Désolation de Smaug

D’entente avec Lucas, les grandes lignes de la conclusion sont définies longtemps à l’avance. Ainsi, le troisième volet doit initialement mettre en scène une énorme bataille opposant les forces de l’Empire aux Wookies (le peuple de Chewbacca) en parallèle du second affrontement entre Luke et Vador sans la présence de l’Empereur (qui ne doit apparaitre qu’à l’épisode IX, Lucas affirmant à l’époque avoir suffisamment de matériau pour faire une trilogie supplémentaire).

Le destin de chaque personnage est prévu pour se conclure selon la logique propre à son archétype : Han Solo doit mourir pour la cause des Rebelles, Leia doit revenir à ses obligations et être couronnée reine, Luke doit tuer son père et se retirer dans le désert comme son mentor avant lui. En d’autres termes, celui qui doute et remet en cause le bienfondé de la quête doit finalement prendre acte de son importance

en se sacrifiant pour elle
. Le héros doit achever la construction de son identité par le meurtre du père. Enfin, une fois le monde sauvé et le voyage dudit héros accompli, celui-ci ne peut revenir à une vie normale, il doit se retirer de ce monde.

« La résolution de ce film allait être très amère, confie Kurtz, avec la mort de Han Solo, la princesse qui doit devenir reine de ce qui reste de son peuple en laissant Luke tout seul. (…). Ça aurait été très triste, poignant et optimiste en même temps, car ils auraient gagné une bataille. » A l’origine, pas de nouvelle Etoile Noire, pas de reprise du climax du premier opus, pas d’Ewoks… « C’était juste entièrement différent. L’histoire était bien plus adulte et directe. »


Evidemment, ce n’est pas ainsi que se termine Le Retour du Jedi tel que nous le connaissons. Se sentant peu à peu dépossédé de sa création, Lucas entre en conflit avec ses principaux collaborateurs au sortir de L’Empire Contre-Attaque. Sa relation avec Kurtz s’envenimant de plus en plus, ce dernier finit par quitter la franchise et emmène ses désirs de mythologie sur Dark Crystal, le Seigneur des Anneaux de Jim Henson et Frank Oz. Pour ce troisième opus, Kershner est remplacé par un réalisateur plus docile en la personne de Richard Marquand. Kasdan, quant à lui, reste au scénario mais doit se plier aux exigences de Lucas, qui tient à édulcorer sa conclusion en y insérant des ours en peluche et en ne faisant mourir personne, pour clôturer le tout par un happy end euphorique. Au final, la franchise finit doucement par ressembler à une abominable production TV que Lucas avait laissé faire en 1978 pour la CBS et qu’il n’a eu de cesse de cacher depuis : le fameux Star Wars Holiday Special.


Une galaxie de plus en plus lointaine…

Bien décidé à ne plus jamais perdre le contrôle de son œuvre, le créateur se sépare de tous ses anciens collaborateurs et, avant d’enchaîner sur une seconde trilogie, revient sur les épisodes originaux pour en modifier tous les détails qui ne lui conviennent pas et ressort les trois films en salle dans une version correspondant plus à sa vision. Lucas incruste des effets spéciaux de 1997 sur des images tournées vingt ans plus tôt, remonte entièrement des séquences, en rajoute des inédites, en supprime d’autres, et de fait, change fondamentalement ses films et l’expérience qu’ils procurent. Outre le constant décalage visuel entre les images de synthèse et les prises de vues originales, le sens de certains passages se voit modifié. L’exemple le plus célèbre : le fameux Han Shot First. Dans cette scène de l’Episode IV, Han Solo se débarrasse du chasseur de prime Greedo en le tuant froidement pendant qu’ils discutent, sans aucune sommation. Par un tour de passe-passe, Lucas fait tirer Greedo le premier avant que Solo, qui évite le coup, ne riposte. La nuance peut paraitre minime, mais elle change drastiquement la caractérisation du personnage. « Cette scène n’a jamais été imaginée ainsi, rappelle Gary Kurtz dans l’interview donnée à IGN. Han Solo réalisait que Greedo était là pour l’avoir et qu’il devait l’abattre le premier, ou il perdrait la vie. Cela montre à quel point c’est un mercenaire. C’était ça, le but de la scène. Et la manière dont ils l’ont changé fait perdre tout l’impact de cet aspect. »


On pourrait en citer d’autres, d’autant que Lucas ne s’est pas arrêté là, puisqu’à chaque réédition (VHS, DVD, jusqu’à la récente version Bluray), de nouveaux rajouts incongrus dénaturent un peu plus l’œuvre d’origine. L’image du créateur de génie en vient ainsi à s’écorner de plus en plus. Peu à peu, la confiance des fans de la première heure pour leur dieu s’ébranle et s’amenuise dangereusement. La scission a définitivement lieu à la sortie de La Menace Fantôme. Véritable déception provoquant la haine de nombreux fidèles, ce retour de Star Wars au cinéma éloigne un peu plus la franchise de ce qui la définissait. Et si l’on en croit toujours Gary Kurtz, Lucas y raconte une toute autre histoire que celle qu’il prévoyait du temps de la première trilogie. Mais peut-être réalise-t-il également le film qu’aurait pu être Un Nouvel Espoir à l’époque, s’il n’avait pas été canalisé…


Désormais seul maître à bord, sans garde-fou pour le guider mais entouré d’une équipe servile qui ne le remet jamais en question, Lucas délaisse les fondements mythologiques de son œuvre et la perverti. Personnages désincarnés, dialogues plats et situations embarrassantes, intrigue confuse multipliant les imbroglios politiques inintéressants, mise en scène paresseuse qui se contente de plans fixes devant des fonds verts ; en bref, seule la démonstration technique d’ILM vaut le détour. Si La Revanche des Sith remonte un peu la pente, la prélogie dans son ensemble entache clairement le souvenir de 1977 : en expliquant maladroitement les origines de Dark Vador ou en donnant à la force une justification scientifique hors de propos, Lucas change l’impact de son univers dans l’inconscient collectif. A ce sujet, visionner l’excellent documentaire The People Versus George Lucas qui illustre, à travers une série de témoignages, la relation d’amour-haine entre le créateur et ses fans, ou encore cet épisode du magazine BiTS d’Arte.


Tuer le père

George Lucas est une figure passionnante. Avant Star Wars, il est un jeune artiste tout juste diplômé de l’Université de Californie du Sud, où ses courts métrages expérimentaux ont fait sensation. A l’époque, il se destine à une prolifique carrière de metteur en scène arty et indépendant, dans la droite continuité de ses travaux étudiants. Ainsi, son premier long-métrage, THX 1138, est une adaptation de son court éponyme. Il enchaîne avec American Graffiti, comédie dramatique traversée d’éléments autobiographiques qui dépeint la jeunesse américaine des sixties.

Le succès démesuré de la trilogie originale le dépassera totalement et la franchise deviendra vite, selon ses propres dires, sa malédiction. Condamné à ne faire plus que du Star Wars, il ne pourra jamais réaliser ses nombreux projets de films d’auteur. Pire, lui qui défiait son père vendeur de jouets, méprisait les grandes majors et tenait absolument à conserver son indépendance, il se retrouvera finalement à la tête d’un énorme empire qui fabrique des produits dérivés à la chaîne. D’où une certaine frustration qui pourrait expliquer tout le mal qu’il a pu faire à sa saga. En effet, pour Rafik Djoumi, critique cinéma et auteur du livre George Lucas : L’homme derrière le mythe, ses ratages suivraient une logique d’infanticide. En effaçant peu à peu le sujet de son succès (les versions originales des trois premiers films sont reléguées aux Bonus du DVD, dans un format indigne, et ne figurent même plus sur le Bluray), Lucas tenterait, consciemment ou non, de supprimer purement et simplement Star Wars de l’Histoire, afin de pouvoir lui-même s’en libérer.

Clone Wars, version Tartakovsky

Une théorie qui expliquerait également la production de la série animée The Clone Wars, qui narre les évènements se déroulant entre les épisodes II et III. On l’a globalement oublié à présent, mais une première version de cette histoire avait déjà été réalisée en 2003 par Genndy Tartakovsky, qui avait obtenu carte blanche. Sur trois saisons d’épisodes très courts et presqu’intégralement muets, le génial auteur du Laboratoire de Dexter et de Samouraï Jack parvenait à retrouver l’esprit de la trilogie originale et à donner de la consistance au récit sans enjeux de la prélogie. Renouant avec la part mythologique de la franchise, le premier Clone Wars nous montrait ainsi l’adoubement d’Anakin, l’amorce de son basculement vers le côté obscur ou encore la prophétie lui annonçant ce terrible destin. En bref, tout ce que la prélogie elle-même ne raconte pas. La création de Tartakovsky a de fait attiré bon nombre de fans de la première heure, trop heureux de retrouver le Star Wars qu’ils aimaient. Etrangement, en 2008, une nouvelle série portant exactement le même nom débarque en grandes pompes avec la sortie au cinéma de son pilote. Beaucoup plus longue, cette nouvelle mouture est réalisée en animation 3D fade au possible et retombe dans l’inexistence scénaristique de la prélogie. Un moyen pour Lucas d’éclipser la version Tartakovsky et le bien qu’elle a fait à sa franchise ?

Dans tous les cas, une chose est sure : la pérennité de la franchise n’est pas aussi irrémédiablement liée à George Lucas qu’on ne le croit généralement. Bien au contraire, la retraite de ce dernier ne peut qu’être bénéfique à la saga.


Nouvel espoir ?

Maintenant, qu’attendre de l’Episode VII ? Vu l’état actuel de la franchise, la Force peut-elle vraiment être « réveillée », comme l’annonce le titre de ce nouvel opus ? Si l’intrigue devrait apparemment se concentrer sur de nouveaux personnages, Mark Hamill, Harrison Ford et Carrie Fisher seront tout de même de retour. Mais comment, après Le Retour du Jedi, faire revenir des figures qui ont déjà été déviées de la trajectoire qui aurait dû être la leur ? N’aurait-il pas mieux valu repartir intégralement de zéro ?

Que craindre de Disney, dont la nouvelle équipe directrice semblait avoir sciemment saboté la dernière grosse production de ses prédécesseurs ? Avec John Carter, Andrew Stanton adaptait une œuvre fondatrice de la science-fiction moderne (et une source d’inspiration évidente de George Lucas) et tutoyait très clairement l’esprit de la trilogie originale. Mais, si l’on en croit certains bruits de couloir, le film aurait été délibérément sacrifié au profit de Star Wars, dont l’acquisition des droits était déjà en discussion. De plus, la mise en place de divers spin-offs tend dangereusement à se rapprocher de la stratégie Avengers, soit l’exemple type de capitalisation destructrice d’une franchise.

George Lucas et J. J. Abrams

Qu’espérer de J.J. Abrams, cinéaste intéressant, capable de beaux plans, mais qui a néanmoins tendance à délaisser son récit en privilégiant un suspense factice et une action au flux ininterrompu ? De nombreux grands noms ont été envisagés (Spielberg, Tarantino, Del Toro), mais c’est finalement le réalisateur de Mission : Impossible III qui s’est vu confier la lourde tâche de reprendre le flambeau. Pourquoi lui ? Parce qu’il est déjà passé par Star Trek ? On ne peut qu’espérer que tel n’est pas le cas, tant les deux franchises n’ont pas grand-chose en commun, si ce n’est un certain cousinage dans leurs univers respectifs. Et Star Trek Into Darkness nous fait souhaiter qu’Abrams saisisse également la nuance. Ce dernier a certes prouvé qu’il pouvait redynamiser une franchise en perte de vitesse, mais souvent en sacrifiant des éléments fondamentaux du matériau de base. De même, s’il parsème régulièrement ses récits d’emprunts mythologiques, ils sont la plupart temps plus employés pour le mystère qu’ils dégagent que pour le sens qu’ils peuvent véhiculer. On doute donc de sa capacité à revenir à l’essence originelle de Star Wars.

Fait rassurant, néanmoins : Abrams n’a pas emmené avec lui ses habituels compères scénaristes, Roberto Orci, Alex Kurtzman et surtout Damon Lindelof. Mieux, il est épaulé pour l’écriture par un certain… Lawrence Kasdan ! De retour dans la franchise, l’auteur de L’Empire Contre-Attaque pourrait contribuer à lui redonner ses lettres de noblesse. Côté musique, le grand John Williams est une nouvelle fois à la partition et devrait donc assurer la continuité dans la bande-son.

Autre nom encourageant, celui de Kathleen Kennedy, fidèle productrice de Spielberg, à la tête de LucasFilm depuis son rachat par Disney. Enfin, le casting a lui aussi de quoi donner envie : outre le retour des trois héros de la trilogie originale, sont également de la partie Andy Serkis, Max von Sydow ou encore Oscar Isaac.


Réveiller la Force

Nous y arrivons donc enfin : le teaser ! Que nous disent les quelques images dévoilées durant ces nonante secondes de vidéo ? L’univers est bien là, on joue la carte des correspondances visuelles avec la trilogie originale : un premier plan de désert qui pourrait bien être Tatooine, des Stormtroopers, des X-Wings, le Faucon Millénium…

Plutôt malin, le montage se garde bien de nous montrer un visage connu : Luke, Han et Leia n’apparaissent pas. Au niveau sonore, on reconnaît les bruitages caractéristiques de la franchise et évidemment le thème principal joué lors du dernier plan.


Les images sont accompagnées par la voix caverneuse d’Andy Serkis qui annonce le réveil de la Force, côté obscur comme lumineux. On ne sait pour l’instant pas grand-chose du personnage qu’incarnera l’interprète de Gollum, mais le CV du monsieur peut laisser penser qu’il s’agira d’un alien, un robot ou une autre figure qui impliquerait la performance capture. Ce qui est certain, c’est que son intonation ne semble ici pas des plus chaleureuses…

Sur le premier plan, surgit soudain l’acteur John Boyega, en sueur et visiblement paniqué. Même s’il porte l’armure d’un soldat impérial, il pourrait bien être l’un des nouveaux héros de cette troisième trilogie. Le plan suivant nous montre alors la course d’un étrange petit robot (la tête des modèles R2 posée sur une espèce de ballon de foot). R2-D2 et C3PO

devraient eux aussi être de retour, mais ils ne seront visiblement plus les seuls droïdes à prendre part à l’aventure. En arrière-fond, on peut remarquer un module de course du genre de celui que pilote Anakin dans La Menace Fantôme. Simple clin d’œil ou véritable élément de scénario ?

Nouveau plan sur l’intérieur d’un vaisseau rempli de Stormtroopers. L’Empire aurait-il survécu malgré la fin du Retour du Jedi ? Ou est-ce une simple faction résistante ? Nous n’en saurons pas plus pour l’instant. Dans tous les cas, la troupe a l’air prête à partir à l’assaut. John Boyega en fait-il partie ? Le vaisseau va-t-il s’écraser sur Tatooine ?


On quitte ensuite les Stormtroopers pour revenir dans le désert. Daisy Ridley, qui pourrait apparemment incarner la fille de Leia et Han (son habillement est d’ailleurs proche de celui de Carrie Fisher dans Le Retour du Jedi), démarre un speeder au design particulier et s’en va au loin.

Petit plan nostalgique sur l’intérieur d’un X-Wing, rappelant les intemporels dogfights de la trilogie originale. Le pilote, Oscar Isaac, porte l’emblème caractéristique des Rebelles. La caméra sort ensuite de la cabine et nous montre tout un escadron qui survole une étendue d’eau. Abrams nous gratifiera-t-il d’une scène aérienne aussi monstrueuse que la poursuite sur l’Etoile Noire ?


Le plan suivant est certainement celui qui aura fait le plus parler de lui. De dos, l’air déterminé, une silhouette encapuchonnée s’enfonce dans une forêt enneigée et s’arrête brusquement pour sortir un sabre laser pour le moins particulier, puisqu’il dispose d’une « garde laser ». Le design de l’objet aura provoqué la colère de nombreux fans et déchaîné une vague de détournements moqueurs. Il est vrai que cette version de la célèbre arme peut paraître un peu gadget voire incongrue. Néanmoins, non seulement ce n’est pas la première fois que la franchise nous gratifie de ce genre de fantaisie, mais ce look d’épée médiévale pourrait également s’inscrire dans la même iconographie que

l’affiche originale du premier opus. Le sabre laser qu’y brandissait Luke était transformé en croix incandescente. Ici, il pourrait également s’agir d’un symbole religieux, mais dans l’autre sens, comme certains détournements l’ont d’ailleurs suggéré. La croix inversée formée par les trois lasers sera-t-elle utilisée pour illustrer visuellement le caractère démoniaque de son porteur ? Car cette mystérieuse silhouette est de toute évidence un Sith, si l’on en croit la couleur de son faisceau. L’Empereur n’était donc pas le dernier d’entre eux. La paix dans l’univers et l’équilibre dans la Force devaient avoir été rétablis à la fin du Retour du Jedi. Comment cette nouvelle menace sera-t-elle alors justifiée ? S’agit-il du grand méchant de l’histoire ? Y aura-t-il plusieurs guerriers du côté obscur ?


Le teaser se termine finalement par une impressionnante manœuvre du Faucon Millénium rasant le sol puis fonçant droit sur deux chasseurs TIE, le tout accompagné par le triomphant thème principal de la saga. L’efficace jeu sur la gravité rappelle les meilleurs moments des deux derniers Star Trek. Ce plan vertigineux le confirme : J. J. Abrams sait orchestrer des combats aériens plutôt jouissifs. C’est toujours ça qu’il a en plus de George Lucas, lequel, à une exception près, a toujours fait preuve d’une ambition réduite en la matière. Mais, comme en témoigne, Star Trek Into Darkness, les images les plus époustouflantes ne valent rien sans un minimum de consistance narrative.

Lorsque le célèbre logo apparaît enfin, un constat s’impose : ces nonante secondes ne révèlent pas grand-chose mais sont très efficaces. Ménageant habilement le mystère, elles parviennent à titiller la fibre nostalgique tout en suggérant la nouveauté. Néanmoins, demeure toujours cette question : peut-on réellement faire revivre Star Wars ?


Que l’on apprécie ou non la prélogie, que l’on se réjouisse ou non de cette nouvelle trilogie, on ne peut nier que la franchise n’est aujourd’hui plus la même qu’à ses débuts. Si vous ne connaissez les épisodes IV, V et VI que par leurs multiples rééditions, procurez-vous par tous les moyens nécessaires leurs versions originales. Vous pourriez être bien surpris de vivre une expérience qui vous était totalement inconnue. Revisionnez les épisodes I, II et III, en tâchant d’oublier le label Star Wars, et demandez-vous si l’histoire vous porte véritablement, au-delà de l’univers qu’elle illustre. Vous pourriez découvrir de tout autres films.

Malgré tout, l’espoir est encore permis : Genndy Tartakovsky a prouvé qu’il était possible de retrouver l’essence de la franchise, même à travers les éléments qui semblent la contredire. Peut-être ce Réveil de la Force parviendra-t-il effectivement à ressusciter la plus grande saga de l’univers.

En attendant la réponse en décembre 2015, on vous rappelle, au cas où nous n’aurions pas suffisamment insisté là-dessus, la sortie d’ici quelques jours du dernier opus du vrai Star Wars des années 2000



Pour pousser plus loin la réflexion sur l’impact de la franchise dans l’inconscient collectif, passez faire un tour à la soirée de projection-discussion « Star Wars et les produits dérivés » organisée le lundi 8 décembre à 17h15, salle Unithèque 4215.

Enfin, pour le plaisir, le teaser de l’Episode VII version George Lucas.

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