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Culture
Casser les codes
Jeroen Verbruggen, jeune chorégraphe belge, propose depuis jeudi 13 novembre et jusqu’au 21, une adaptation de Casse-Noisette inédite, avec le Ballet du Grand Théâtre de Genève. Ovni dans la multitude de relectures déjà existantes, son Casse-Noisette emporte le public pour un voyage dans un monde baroque, et témoigne du potentiel de ce chorégraphe prometteur.

On en a vu des versions de Casse-Noisette. Best-seller des ballets, tradition familiale de Noël dans certains pays, Casse-Noisette a le plus souvent cette image de divertissement de Noël, magique, à la mise en scène un peu kitsch, que l’on regarde toutefois avec plaisir, balletomane ou non. La plupart des compagnies proposent généralement des adaptations très proches de celle de Marius Petipa. Parmi celles-ci, la version de Rudolf Noureev que danse notamment le Ballet de l’Opéra de Paris sort déjà de ce carcan un peu dégoulinant, car plus fort en significations, plus sombre, mais toujours dans la magnificence de la virtuosité classique. Puis viennent les reprises plus récentes, néoclassiques à contemporaines. On citera celle de Maurice Béjart, délaissant un peu le conte au profit d’une lecture autobiographique du chorégraphe. Benjamin Millepied avait en 2005 également monté un Casse-Noisette à Genève, adaptation très moderne, géométrique, mais suivant peut-être toujours le fil original de l’histoire. La création de Jeroen Verbruggen ne ressemble en rien à tout cela.

© GTG / Gregory Batardon

De Noël, il ne reste que l’aspect festif. En effet, c’est dans un bal que prend place l’histoire, non plus dans une fête familiale. Des adolescents dansent, gauches, peu à l’aise entre garçons et filles. L’une d’entre elle ne parvient pas à se faire une place parmi eux, moquée par ces demoiselles. Cette jeune fille, un peu garçon manqué, c’est Marie. Elle refuse de se soumettre à porter une robe comme les autres et paraît ne pas saisir ce qui est vraiment attendu d’elle. Elle s’échappe donc dans un monde parallèle, dans lequel elle triomphe du roi des rats et délivre le Prince des Noix. Tout un jeu de significations évoque donc le questionnement de soi, l’acceptation de notre identité, l’ensemble étant interprétable de multiples façons.
Cette création ne laisse pas de glace, bien au contraire. Tout d’abord, pour qui a dans la tête le ballet sous sa forme traditionnelle, particulièrement son ordre musical, c’est une surprise de taille. Le chorégraphe a appréhendé la musique de Tchaïkovski avec beaucoup de liberté. Le ballet s’ouvre donc sur un thème du soldat de Drosselmeyer, lequel reviendra à plusieurs reprises, la variation masculine du second acte se retrouve au début du premier, etc. Ceci questionne le lien qu'entretien un ballet et sa musique. Et malgré quelques transitions franchement surprenantes, cette liberté musicale prise par Jeroen Verbruggen fonctionne dans l’ensemble très bien.
Chorégraphiquement, Verbruggen a une patte bien à lui. Même si l’on sent parfois certaines influences, on pensera ici à Prejlocaj, Sasha Waltz ou Pina Bausch, il manie un intermédiaire entre contemporain et néoclassique tout à fait intéressant. Le travail des bras y acquière un rendu particulièrement réussi. Autre aspect original, la présence même de mouvements issus du break dance. Des compositions en tout cas prometteuses.
Malgré tout cela, on notera un déséquilibre entre les deux actes un peu gênant. Le premier commence fort, mais s’essouffle malheureusement un peu aux deux tiers. L’histoire n’y est pas d’une clarté évidente et le tout est donc difficile à suivre. L’acte finit toutefois en beauté sur la Valse des Flocons, laquelle comprend un jeu important avec les décors, et finit sur une pluie de paillettes. Au second acte, tout est plus limpide, plus continu, l’histoire s’éclaircit et les chorégraphies s’enchaînent de façon plus naturelle, du moins plus appréciable. Peut-être cette différence entre les deux actes est-elle pourtant voulue, illustrant la psychologie de Marie et du Prince, lesquels sont au deuxième acte libérés de ce qui les gênait alors. Ceci expliquerait cela et provoquerait un ressenti tout à fait approprié au déroulement de l’histoire.

En somme, une reprise réussie, dont il se dégage une ambiance différente de toutes les productions précédentes de cette oeuvre, qui mêle ici le conte aux mondes de Lewis Carroll (l’ambiance n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’Alice au Pays des merveilles de Christopher Wheeldon). Ce ballet colle vraiment à cette compagnie, résolument contemporaine. Les solistes Sara Shigenari et Nahuel Vega, respectivement Marie et le Prince, y interprètent avec justesse le malaise puis la liberté de leurs personnages. Les moments forts de ce Casse-Noisette sont d’ailleurs le pas-de-deux final entre ces derniers, un passage vibrant, sans conteste le plus émouvant du ballet. Les danses de groupes le sont toutes également. Il s’en dégage une énergie palpable, c’est dans ces moments que la musique de Tchaïkovski est le plus joliment illustrée et que le talent du chorégraphe est le plus estimable
Un mot finalement sur la scénographie et les costumes. De ce côté, rien à redire. Le travail des créateurs Livia Stoianova et Yassen Smouliov apporte à la pièce cette ambiance baroque caractéristique et constitue un tout qui fonctionne. Les costumes sont vraiment un prolongement direct des sentiments des personnages. Ils illustrent le caractère de chacun d’eux.
Jeroen Verbruggen n’a que faire des codes. Il les brise dans cette création et montre qu’il est un chorégraphe avec qui il faudra vraisemblablement compter dans le futur. Il livre un Casse-Noisette inédit, dont l’histoire peut se montrer certes un peu obscur, mais avec cet avantage de le sortir de son carcan de Noël. Vous pourrez désormais apprécier Casse-Noisette en août.



Casse-Noisette, Ballet du Grand Théâtre de Genève, chorégraphie de Jeroen Verbruggen, jusqu’au 21 novembre 2014 au Grand Théâtre. – Infos

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