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Culture
Festival Tous Ecrans 2014 : Séries TV
Cette année, le plus éclectique des festivals consacrés à l’image en mouvement fête ses vingt ans ! Cette édition festive proposant un menu aussi varié qu’à l’accoutumée, nous avons décidé de nous concentrer sur deux programmes qui nous semblent particulièrement d’actualité : la réalité virtuelle et les séries TV.


Depuis quelques années, le monde des fictions télévisuelles est progressivement devenu aussi exigeant dans sa conception que le cinéma, et ce, dans tous ses domaines de production. Si les séries ont toujours misé avant tout sur la qualité de leur scénario, elles se sont ainsi mises à véritablement travailler leur forme. Le petit écran a alors vu apparaître des récits à l’ambition grimpante et à la mise en scène toujours plus aboutie, nous offrant pour certains de pures images qui mettent à l’amende la moitié des longs-métrages actuels.

Aujourd’hui, tandis que les blockbusters s’engouffrent dans des modes de production formatés par d’implacables plans marketing et une conception créatrice toujours plus cynique (voir les calendriers terrifiants de Marvel et DC pour ces six prochaines années), la télévision, au vu des nombreuses fictions populaires de qualité qu’elle propose, semble être le support idéal pour la création de récits originaux, sincères et ambitieux (ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’un certain nombre de cinéastes s’y tourne progressivement).

Le Festival Tous Ecrans nous a une nouvelle fois permis de constater la richesse et l’exigence réjouissantes de la production télévisuelle en nous offrant en première suisse les épisodes pilotes des grosses séries du moment. Vous en avez peut-être (sans doute) vu une bonne partie, et certainement en intégralité… Ne faites pas les innocents, on vous connaît ! Saletés de pirates ! Bon, avouons-le, nous avons nous-mêmes cédé à la flibusterie numérique… Mais uniquement par pure conscience professionnelle : on ne peut juger une série en profondeur qu’à l’aune d’une saison complète ! Excepté le premier cas, dont seul le pilote est pour l’instant visible, nous connaissons donc chaque récit dans son entièreté et pouvons de fait vous livrer un avis détaillé sur la qualité globale de chacun. Commençons.


Babylon
Cinéaste éclectique, Danny Boyle a toujours été très enclin à l’expérimentation et au mélange des genres, aimant à s’aventurer dans des univers différents à chaque nouvelle création. Le britannique a ainsi tâté du drame policier (Transpotting), de la fable sociale (Millions, Slumdog Millionaire), du survival (127 heures), du film de zombie (28 jours plus tard), ou encore de la science-fiction métaphysique (Sunshine). S’il avait déjà investi le petit écran à l’occasion de quelques téléfilms, sa contribution au monde des séries se limitait jusqu’alors à la réalisation d’un unique épisode d’Inspecteur Morse. Aujourd’hui, il approfondit donc son exploration du tube cathodique avec Babylon, qu’il co-crée et dont il réalise l’épisode pilote.

La série nous plonge dans le quotidien des forces de police londoniennes en mêlant les récits de plusieurs de ses membres œuvrant à différents niveaux. Ainsi, on suit tour à tour les actions d’individus hauts en couleurs qui occupent les couches successives de ce microcosme : la tête de la Police Métropolitaine (le Commissaire, son second cynique et son aide personnelle complètement teubé), le service communications (la nouvelle responsable du département, sa fidèle assistante et son bras-droit revanchard), un groupe d’intervention musclée (un officier traumatisé par une bavure et ses deux collègues), et enfin une petite équipe de terrain (le chef balourd, le jeune abruti hyperactif et le documentariste attitré qui filme leurs interventions).


De fait, la peinture de cet univers mêle un humour absurde et grinçant typiquement britannique à une forme empruntant régulièrement au documentaire. La mise en scène de Boyle utilise très souvent les points de vue de caméras de surveillance ou d’objectifs embarqués sur le terrain (ceux du documentariste ou des casques des troupes d’intervention). Si le procédé peut être gonflant dans de nombreux cas, il est ici employé intelligemment et s’inscrit parfaitement dans le propos général du récit, qui tourne autour de la question de l’image.

Cyniques, cassants, débiles, incompétents, les personnages s’entraident ou se trahissent par coups bas, mais dans tous les cas jurent et se balancent continuellement des vacheries. Tous sont attachants, chaque groupe est intéressant à suivre et les interactions entre les différents niveaux fonctionnent plutôt bien.

Très drôle et hyper dynamique, ce pilote est un pur régal qui laisse augurer du meilleur pour la suite. Diffusé en février dernier, il trouve enfin sa suite aujourd’hui : la chaîne Channel 4 dévoilera les six épisodes suivants à partir de ce soir.

Pari réussi pour Danny Boyle et ses compères !


Penny Dreadful
Créée par le scénariste John Logan (Rango, Hugo Cabret) et produite par le réalisateur Sam Mendes (American Beauty, Les Sentiers de la Perdition), la nouvelle série de Showtime est certainement l’une des plus belles créations du moment. Les deux hommes se retrouvent après Skyfall pour proposer un best of des grandes figures de la littérature gothique. Dracula, le Loup-Garou, Frankenstein, Van Helsing, ou même Dorian Gray sont ainsi de la partie. Non pas pour un délire jubilatoire à la Stephen Sommers, mais pour une relecture subtile qui sublime les thèmes sous-jacents à chaque œuvre, les lie parfois à d’autres inspirations, et les mêle enfin avec harmonie. Digérant bien mieux ses influences qu’American Horror Story, Penny Dreadful revisite avec déférence ses modèles et ose des mix aussi étonnants que parfaitement pertinents (le vampire associé à Jack l’Eventreur et à la mythologie égyptienne, la créature de Frankenstein qui devient une sorte de Fantôme de l’Opéra).

Le récit, qui respire la passion et le romantisme échevelé, trouve son souffle accru par un score musical sublime ainsi qu’un visuel absolument somptueux. La reconstitution du Londres victorien est ainsi particulièrement aboutie et la mise en scène est toujours très élégante et souvent efficace dans ses surgissements de terreur et ses quelques effets gores (sur les deux premiers épisodes, la réalisation est brillamment assurée par Juan Antonio Bayona, l’Espagnol à qui l’on doit les très beaux L’Orphelinat et The Impossible).


Au final, Penny Dreadful est un peu la True Detective des séries horrifiques. A l’instar de l’œuvre de Nic Pizzolatto et Cary Fukunaga, son fil rouge n’est pas le plus intéressant et se révèle même quelque peu bâclé dans dénouement. Ce sont avant tout les petites histoires gravitant autour qui tiennent en haleine. Comme True Detective, la grande force de Penny Dreadful réside dans ses personnages. Des personnages forts, touchants, voire même bouleversants, incarnés par un excellent casting (l’envoutante Eva Green en tête, mais également les trop rares Timothy Dalton – James Bond sous-estimé s’il en est – et Billie Piper – qu’on n’avait pas revue depuis Doctor Who).

Si les nombreuses sous-intrigues et les influences variées semblent au départ partir dans tous les sens, elles finissent par se rencontrer et se compléter, abordant de puissants thèmes qui questionnent tous l’humain, jusqu’à une interrogation finale pour le moins géniale, qu’on laisse sans réponse.

Véritable bijou pour les aficionados de la littérature gothique, Penny Dreadful est aussi et avant tout un vrai drame humain, beau et terrifiant à la fois.


The Leftovers
Après avoir laissé une bonne partie des fans de Lost sur un sentiment d’arnaque, le scénariste Damon Lindelof était allé proposer ses entourloupes sur grand écran, participant à deux flingages en règle de franchises mythiques (Prometheus puis Star Trek Into Darkness). Il revient aujourd’hui à la télévision avec The Leftovers, adaptation du roman homonyme de Tom Perrota qu’il coproduit avec ce dernier.

Le pitch de base est aussi simple que prometteur : du jour au lendemain, 2% des individus de la planète disparaissent de manière inexpliquée. Trois ans plus tard, nous suivons le quotidien des habitants d’une petite bourgade qui tentent tant bien que mal de faire leur deuil.

La dernière création de HBO n’est pas une série à twist et n’a pas véritablement de fil conducteur. Là aussi, le récit s’attache avant tout à ausculter les états d’âme de ses personnages. Hélas, la caractérisation est loin d’être aussi aboutie que celle de Penny Dreadful, de nombreuses figures se révélant au mieux inintéressantes, au pire insupportables. La palme à la famille au centre de l’intrigue : il faut attendre cinq épisodes pour que le héros masculin se voie accorder un minimum de substance, sa fille hérisse le poil à chacune de ses apparitions, et son fils est aussi peu charismatique que ses aventures sont ennuyeuses.

Autour de ce trio de tête, évoluent des individus beaucoup plus touchants mais malheureusement sous-exploités. On pense notamment au personnage du prêtre incarné par le génial Christopher Eccleston, à l’honneur dans un excellent épisode avant de disparaitre purement et simplement des considérations du récit.

Jouant sur la lenteur et sur un nombre d’enjeux restreint, The Leftovers tourne régulièrement à vide. Et pourtant, au-delà des maladresses susmentionnées, se dégage progressivement une atmosphère mélancolique de fin du monde, parfois étrange et mystérieuse, une vraie sensation d’humanité à la dérive. Par instant, l’univers dépeint parvient à prendre aux tripes, le désespoir de la condition humaine qu’il exprime touchant à de véritables questionnements existentiels.

The Leftovers comprend à la fois le meilleur et le pire de Lindelof : d’interminables errements scénaristiques d’où peuvent néanmoins surgir, çà et là, de pures émotions.


The Strain
Ces dernières années, tant dans ses occurrences cinématographiques que télévisuelles, la figure du vampire a eu tendance à perdre de sa superbe, sa part érotique prenant le pas sur ses fondamentaux monstrueux, voire se pervertissant en un glamour tristement lisse. Heureusement, après Penny Dreadful qui donne déjà à voir un vrai buveur de sang terrifiant comme il se doit, voilà une autre série bien décidée à redonner ses lettres de noblesse à la créature. Derrière The Strain, on trouve un cinéaste qui n’a plus à prouver son amour pour les monstres et surtout sa capacité à rendre aux vampires leur nature fantastique originelle : Guillermo del Toro, généreux auteur de Cronos et Blade II.

Le Mexicain adapte ici, en compagnie de l’écrivain Chuck Dixon, la trilogie de romans éponyme qu’ils ont tous deux co-écrit. Le concept est aussi intéressant que casse-gueule : traiter du vampirisme à travers le prisme scientifique en lui donnant les atours d’un virus. Intéressant, parce l’idée de transformer la menace monstrueuse en une véritable épidémie à grande échelle constitue un enjeu prenant (et tristement actuel, de surcroît). Mais casse-gueule, parce qu’à trop vouloir rationnaliser un imaginaire, on risque bien vite de perdre de vue ses fondamentaux mythologiques et donc de le vider de sa substance première.

Ce serait bien mal connaitre Del Toro que de croire une telle chose possible.

The Strain a beau présenter une version procédurale du vampire, les monstres n’en sont pas pour autant moins évocateurs ni terrifiants. Visuellement proches de leurs cousins de Blade II, ces derniers ont un de ces vrais looks immédiatement identifiables, aussi détonants que cohérents, chaque élément de leur morphologie délirante trouvant sa justification.


Doté d’un casting hétéroclite et assez jouissif (on y croise le Peter Russo de House of Cards, le concierge Rusard de Harry Potter, ou encore le Sam Gamegie du Seigneur des Anneaux), la série se démarque également par son ton visuel aux couleurs volontairement marquées, qui rappellera la forte identité graphique de Pacific Rim. Hélas, cette première saison n’égale pas tout à fait la qualité d’exécution des films du cinéaste.

Le pilote, réalisé par Del Toro lui-même, est l’un des plus efficaces qu’on ait vu dernièrement, haletant du début à la fin. Le récit se poursuit ensuite sous les meilleurs auspices, avant de décevoir sur plusieurs points : outre quelques coups de mou, le début d’apocalypse provoqué par la diffusion du virus, s’il est plutôt bien amorcé, en arrive soudain à faire du surplace, l’évolution perdant alors en cohérence. Arrivé à un final qui démarre très bien et promet beaucoup pour s’achever de manière un peu bâclée, sans véritable conclusion, on se retrouve alors un poil moins enthousiastes qu’au sortir du pilote.

Néanmoins, l’envie de voir la suite persiste. Parce que The Strain, malgré ses défauts, reste une œuvre forcément sincère, fun et réjouissante. On ne peut donc qu’espérer que la seconde saison vienne gommer ces quelques maladresses.


Fargo
En 1996, les frères Coen réalisaient leur sixième long-métrage, Fargo, sans doute l’un de leurs plus beaux chefs-d’œuvre. Aujourd’hui, ils produisent son adaptation télévisuelle pour la chaîne FX. Créateur et principal scénariste de cette nouvelle version de l’histoire des Coen, Noah Hawley signe ici la meilleure série du moment en même temps que le passage du grand au petit écran le plus abouti qui ait été tenté. Situé dans une ville voisine de Fargo, le récit met en scène d’autres personnages vivant d’autres péripéties que ceux du film original, tout en jouant habilement le jeu des correspondances.

Le fil rouge est ainsi semblable : un tueur aussi énigmatique que glaçant débarque dans une petite bourgade et bouleverse le quotidien de ses habitants, en particulier un petit commercial lâche et sans ambition qui trouvera à son contact l’inspiration pour s’émanciper de l’environnement qui l’oppresse, ainsi que deux officiers de police dont les valeurs simples et sincères ne les préparent pas au déchainement de violence qui les attend.

Le casting avait déjà de quoi réjouir : le brillant Martin Freeman en héros brimé et frustré, le génial Billy Bob Thornton en ange de la mort insondable, et les excellents Allison Tolman et Colin Hanks en modèles de vertu dépassés par les évènements. Le reste se révèle également à la hauteur.


Très bien écrit, le scénario parvient habilement à imiter le style des Coen et rester fidèle à leur univers : une belle galerie de personnages loosers ou psychopathes au milieu desquels évoluent ces vrais héros que sont les gens simples et honnêtes, des dialogues ciselés, de l’humour noir ; tout y est. L’intrigue se raccroche également de manière particulièrement maligne à celle du film en l’inscrivant dans le même univers.

Mais Hawley va également plus loin que le simple hommage respectueux, puisqu’il propose une vision différente du matériau de base en accentuant l’aspect fantastique, déjà présent chez les Coen. Les personnages communiquent régulièrement par paraboles, métaphores ou histoires allégoriques, les références mythologiques ou bibliques pleuvent, parfois littéralement, puisque certaines deviennent carrément réalités.

Enfin, si la série n’atteint évidemment pas le niveau de ses producteurs question mise en scène, le visuel reste tout de même très maîtrisé, se permettant même quelques instants virtuoses (comme ce massacre dans un bâtiment filmé uniquement de l’extérieur, en plan-séquence, la caméra longeant la façade au même rythme que le tueur).

Conçue comme une anthologie, Fargo se prolongera l’an prochain par une seconde saison racontant une autre histoire avec de nouveaux personnages. On trépigne déjà de replonger dans l’atmosphère glacée et étrange du Minnesota…

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