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Culture
Dans l’espace, personne ne vous entend penser
Interstellar
De Christopher Nolan | Science-fiction
Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway et Jessica Chastain


La prétention a toujours fait partie du cinéma de Christopher Nolan. Un cinéma obnubilé par les thèmes de l’obsession et de la manipulation et dont les multiples twists roublards mais surtout la propension à faire appel à des concepts théoriques et autres appuis scientifiques dénotent un certain désir de son auteur à paraitre « intelligent ». Dès son premier long-métrage, Following, Nolan signe déjà un récit de petit malin, un jeu de piste certes efficace mais qui transpire l’autosatisfaction.

Evidemment, la prétention en soi n’a rien de répréhensible, puisqu’elle n’empêche nullement celui qui en est l’auteur de réaliser de grandes œuvres. A condition bien sûr d’être à la hauteur de l’image que l’on se donne. C’est le cas par exemple de Stanley Kubrick ou Quentin Tarantino, dont l’absence de modestie est aisément contrebalancée par le talent.

Le problème de Nolan, c’est qu’il a toujours eu tendance à péter plus haut que son cul. Non pas qu’il en manque, de talent, mais il semble avoir constamment besoin de tout complexifier, d’asséner doctement et de multiples fois son discours au sein d’une forme la plus alambiquée possible. De fait, si l’on excepte Insomnia, son film le plus humble (peut-être parce qu’il s’agit d’un remake ?), toutes ses réalisations pèchent par orgueil à un degré plus ou moins prononcé. Ainsi, tandis que le parti pris narratif très high concept de Memento s’insère parfaitement dans la thématique du film, la structure volontairement désordonnée du Prestige grille la révélation finale bien avant le dénouement. De même, les trois Batman ont la fâcheuse tendance à répéter mille fois leurs enjeux, tandis qu’Inception, malgré ses apparats cérébraux, n’évite pas quelques facilités et autres changements de règle inopinés.


Ceci étant dit, ses grands airs n’ont pas empêché Christopher Nolan de faire de bons films et d’être, jusqu’à très récemment encore, un auteur plus qu’intéressant. Au-delà des tares susmentionnées, Le Prestige reste un très beau thriller victorien réfléchissant de manière originale sur la magie, le reboot de l’Homme Chauve-Souris a indéniablement redonné ses lettres de noblesse à la franchise et se place parmi les meilleures adaptations de comics, et enfin Inception est avant tout un formidable rollercoaster d’une efficacité imparable. Tous partagent des qualités récurrentes qui font le véritable intérêt du cinéma de Nolan : une mise en scène élégante et parfois inventive, un attachement prononcé pour la pellicule et les effets spéciaux à l’ancienne, un soin particulier apporté à la photographie et au production design, un usage pertinent et souvent abouti du montage alterné, et enfin des personnages travaillés et tout à fait crédibles.

Seulement voilà, les louanges de la presse insistant sur son aura d’« auteur cérébral », Nolan semble s’être mis à cultiver cette veine plus que le reste. The Dark Knight Rises marque clairement une cassure : le ton pompeux prend soudain le pas sur la cohérence de l’univers précédemment mis en place, les personnages, qui faisaient toute la force de la saga, ne sont plus que des fonctions sans âme, pour la plupart caractérisés par-dessus la jambe (la palme aux méchants, le personnage de Marion Cotillard n’ayant absolument aucune substance, tandis que le terrifiant Bane devient mignon tout plein dix minutes avant la fin). Sous prétexte d’offrir à sa trilogie une conclusion en grandes pompes, Nolan se perd dans ses ambitions et gâche son propre héritage.

On aurait pu croire à un simple égarement, mais Man of Steel est hélas venu confirmer ce basculement du côté des auteurs qui se la pètent sans avoir forcément grand-chose à raconter.





C’est dire si l’on appréhendait Interstellar, projet autrefois confié à Spielberg et que Nolan annonçait sans trembler comme son 2001 à lui (c’est vrai qu’après s’être comparé à James Cameron sur le dernier Batman, Kubrick était forcément l’étape suivante).

Narrant l’odyssée spatiale d’un père de famille traversant les dimensions afin de trouver une nouvelle Terre, le dernier film de Christopher Nolan use logiquement du voyage dans l’espace pour questionner la condition humaine. D’où la comparaison avec le chef-d’œuvre de 1968, somme toute inévitable. Le cinéaste n’est d’ailleurs pas le premier à se risquer à l’exercice terriblement ardu de se lancer dans les traces du grand Stanley. D’autres l’ont tenté avant lui, avec plus ou moins de réussite.

Si l’on devait en citer deux qui n’ont certainement pas à rougir de leur tentative, ce serait sans doute Danny Boyle et Alfonso Cuarón. Le premier nous a gratifiés avec Sunshine d’une brillante relecture du mythe d’Icare sous la forme d’un récit de science-fiction allégorique. Le second a signé avec Gravity le meilleur film de 2013, un survival définitif et viscéral. Tous les deux proposaient, à l’instar de 2001, une expérience de cinéma à la fois vertigineuse et galvanisante, qui, en confrontant des individus aux forces cosmiques, devenait le véhicule d’une véritable réflexion existentielle.


Il était évident que Christopher Nolan serait incapable de faire même : s’il a presque toujours su donner vie à ses personnages, il n’a jamais osé s’aventurer au-delà des frontières de son esprit tristement cartésien. Chez lui, l’imaginaire n’existe pas, il n’y a que la science. Nul inconnu, seulement la logique. Tout doit avoir une explication. De fait, même l’extraordinaire repose toujours sur un phénomène réel et tangible. Par conséquent, Interstellar ne pouvait que rester à la surface de ses ambitions et ne faire qu’effleurer les questionnements métaphysiques qu’il aurait dû pleinement embrasser.

Oui, Matthew McConaughey est comme à son habitude génial et assure immédiatement l’identification à son personnage, oui, le production design est tout à fait réussi, les effets spéciaux bluffants et la photo très belle, oui, Hans Zimmer est bien plus inspiré que sur Man of Steel, oui, l’intrigue est prenante et parvient à cultiver un mystère qui tient en haleine une bonne partie du récit, et par-dessus tout, oui, le film reste un divertissement efficace qui a l’immense mérite de ne jamais être cynique.


Pourtant, toutes ces qualités ne compensent pas entièrement le principal défaut d’Interstellar : sa froideur clinique. A force de tout rationnaliser, de multiplier les justifications scientifiques et les schémas explicatifs, Nolan sacrifie progressivement l’émotion au profit d’une sorte de légitimation forcée de son univers. Ainsi, passée l’introduction sur une Terre à l’agonie plutôt convaincante, l’exploration spatiale qui suit, si elle réserve certaines très belles images ainsi que quelques rebondissements plutôt efficaces, ne nous élève ni ne nous transporte véritablement. Les héros ont beau visiter des paysages incroyables, ils ne sont jamais ébahis : rien n’est désigné comme sublime ou terrifiant, puisque c’est simplement scientifique.

Trop occupé à insister sur ces cautions et citer Kubrick à outrance, le récit en oublie son fil rouge et ses personnages et n’évite plus les raccourcis et autres facilités, si bien que les différents twists perdent peu à peu de leur impact et deviennent de plus en plus prévisibles, tandis que la conclusion apparaît bâclée et finalement bien plate.


Malgré tout son potentiel, toutes ses promesses et ses prétentions, Interstellar est loin d’être aussi vertigineux que 2001 : L’odyssée de l’espace, l'immensité spatiale n’y est jamais aussi oppressante et terrifiante que dans Gravity, ni aussi fantasmagorique que dans Sunshine. Danny Boyle avait l’intelligence de glisser progressivement du réalisme cru aux expérimentations métaphoriques, Christopher Nolan reste paralysé à l’idée d’un peu de poésie. Alfonso Cuarón partait d’un postulat de base simple pour finalement élever son histoire à des considérations universelles, Christopher Nolan complexifie une intrigue qui finit par ne plus savoir ce qu’elle veut raconter.

A des années lumières de la viscéralité de ses comparses, le cinéaste livre une œuvre ambitieuse et sans doute sincère, mais complètement parasitée par sa suffisance et son refus de parler aux tripes, plutôt qu’au cerveau.

C’est hélas la voie sur laquelle Nolan semble s’être définitivement engagé, et pour le coup, on n’est plus trop sûr d’avoir envie de l’y suivre.

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