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Culture
Emilie Charriot: «Il y a autant de féminismes que de femmes»

«Je t’encule ou tu m’encules?» Le simple titre du second chapitre de King Kong Théorie, essai-manifeste de Virginie Despentes, suffit à éveiller l’intérêt… L’auditoire a rencontré Emilie Charriot, qui adapte le fameux ouvrage à la scène avec la complicité de l’Arsenic. Retrouvez ici la version longue de l'interview parue dans le n°223.


Les renards des surfaces de Perrine Valli, Les filles du roi Lear ou la véritable histoire de Rihanna de Marielle Pinsard, Frühlingsopfer du collectif She She Pop, et bien d’autres encore: en ce début de saison théâtrale, la notion de genre et les questions féministes semblent omniprésentes. Comme si, par une forme de hasard, les réflexions en gestation dans divers esprits avaient subitement porté leurs fruits de façon simultanée. L’auditoire est parti à la rencontre de l’une de ces têtes fertiles: Emilie Charriot. La jeune artiste adapte, pour sa première mise en scène, un célèbre ouvrage de Virginie Despentes.

Comment est né le projet?

C’est un désir que j’ai eu il y a quatre ans, quand j’étais encore étudiante (à la Manufacture, [nldr]) et que j’ai découvert King Kong Théorie. Une amie me l’a mis entre les mains au bon moment dans ma vie. Comme pour beaucoup de lecteurs, ç’a été un choc, qui m’a tout de suite aidée à avancer. Qui m’a bouleversée, aussi: l’histoire de cette femme est assez incroyable. Immédiatement, en lisant le texte, j’ai voulu le mettre en scène. J’ai tout de suite pensé à Julia Perazzini. Je l’avais vue jouer mais je ne la connaissais pas personnellement. Donc je l’ai contactée il y a quatre ans déjà. C’était une évidence, un coup de cœur, à la fois pour le texte et pour la comédienne. Deux ans après j’ai rencontré Géraldine Chollet, et c’était pareil: une forme de coup de cœur sur sa personnalité, où je me suis dis « ça, ça doit aller dans Despentes »; sans l’expliquer intellectuellement. C’était vraiment un choix de l’ordre du besoin, de la nécessité. Alors je ne sais pas si c’est bien ou pas bien, mais j’aime bien écouter ce genre de choses. C’est pareil quand on tombe amoureux: c’est comme ça, ça nous tombe dessus.

On pourrait penser qu’on réfléchit plus son projet avant de le présenter, mais j’ai fait l’inverse. J’ai foncé, j’ai présenté ça dès que je suis sortie de l’école il y a deux ans, et j’ai réfléchi après. L’avantage c’est que Sandrine (Kuster, directrice de l’Arsenic [nldr]) a dit oui tout de suite en voyant ma nécessité. Elle a voulu attendre cette saison, «L’amour du risque», parce que pour elle ça s’inscrivait très bien en termes de programmation. Mais ça m’a aussi laissé le temps de me solidifier par rapport à un sujet que je ne connaissais pas du tout. J’ai fait plusieurs recherches et lectures, autour du féminisme et de la personnalité de Virginie Despentes.

A quel point tu as travaillé de ton côté avant de commencer le travail sur le plateau?

C’est un projet qui ne me quitte pas depuis quatre ans, donc je dirais que ça fait déjà partie de la création. Je n’étais pas obsédée, mais il était là, pendant que je vivais ma vie, et à chaque fois qu’il m’arrivait quelque chose, telle rencontre professionnelle ou sentimentale, un événement, je faisais des liens avec mon projet. C’est du matériel, qu’on emmagasine et qui ressort quand on crée. Mais concrètement je travaille vraiment dessus depuis trois mois.

Et l’adaptation est de toi?

Oui, mais je me suis fait aider par un journaliste qui a fait des études genre à la fac, et je me suis entourée d’une assistante et d’une réalisatrice. Et les comédiennes elles-mêmes ont leur mot à dire. J’ai fait une pré-sélection par rapport à ce que je veux raconter avec ce spectacle, c’est-à-dire l’expérience de cette femme et son trajet de vie. Ce qu’elle a fait des événements qui lui sont arrivés.

Donc ce sera un spectacle plutôt narratif?

Oui, ça reste principalement une comédienne qui vient nous transmettre une pensée, une écriture.

Quels ont été tes contacts avec Virginie Despentes?

J’ai d’abord dû lui demander les droits. Ça a beaucoup de temps parce que je demandais l’exclusivité en Suisse. Elle était très franche et vraiment très sympa. Elle veut voir le spectacle, donc elle va venir à un moment ou à un autre. Je vous avoue que je ne regarde pas trop qui vient quel soir, je suis déjà tellement stressée… même s’il n’y avait qu’un seul spectateur je serais déjà stressée!

Quel a été ton parti pris pour le décor?

Plateau nu: on aura juste ces corps seuls sur le grand plateau de l’Arsenic. Je travaille avec un créateur lumière, et c’est vraiment ça qui va animer l’espace. C’est un choix de ma part, volontairement radical. Pour raconter l’individu au mieux et pour mettre l’accent uniquement là-dessus.

Et les costumes?

Du coup ils prennent beaucoup de place, vu qu’il y a que ça. Mais on ne travaille pas du tout sur un biopic de Despentes, je ne cherche pas du tout à ce que Géraldine ou Julia lui ressemblent. Je veux éviter les clichés qu’on pourrait avoir sur ce texte ou sur le féminisme ou sur la personnalité de l’auteur. Je voudrais que les costumes soient à l’image de ça, c’est-à-dire dépassent en quelque sorte les stéréotypes et les clichés.

Il y a une volonté de détruire ces clichés sur le féminisme, derrière ta mise en scène?

Oui, parce que c’est ça le gros problème: cet a priori négatif. Tout de suite, si on parle de féminisme, c’est chiant. C’est le sujet lourd sur lequel on va s’engueuler en fin de soirée. Je suis toujours blessée et choquée devant les femmes qui s’affirment comme antiféministes. Pour moi il y a quelque chose d’un peu absurde là-dedans. Personnellement je me positionne clairement en tant que féministe, par l’acte de mettre en scène ce texte et parce que Despentes m’a ouverte à cette pensée, mais aussi comme de fait. Je me pose beaucoup la question de savoir pourquoi c’est considéré comme chiant, pourquoi il y a cette connotation. Alors que c’est un combat qu’on peut mener avec le sourire, et aux côtés des hommes. Despentes fait partie des féministes libératrices, autant pour les femmes que pour les hommes, qui ont bien évidemment la même assignation à la masculinité, à la virilité, que nous à la féminité. C’est ça qui est intéressant dans le texte aussi. C’est le même combat, il ne faut pas se tromper d’ennemis. Pour moi le féminisme doit vraiment être un positionnement individuel: il y a autant de féminismes que de femmes. C’est ça qui m’intéresse.


Le livre de Virginie Despentes
Tu dirais que c’est une pièce féministe?

Ce n’est pas un spectacle sur le féminisme. Ça en parle forcément puisque c’est une figure féministe forte. Mais c’est un spectacle sur un trajet de vie, sur un individu à qui il arrive des choses dramatiquement assez ordinaires, et qui en fait quelque chose de fort, qui s’accroche à tout ce qu’elle peut, à tout ce qu’elle trouve pour se sortir de ça. Et qui s’en sort. Il y a beaucoup d’espoir chez Despentes.

Bien entendu, il y a toujours le désir d’atteindre les cœurs, dans toutes les pièces, de lancer une piste émotionnelle ou une piste réflexive; qu’il y ait quelque chose qui se passe. Mais finalement, en mettant en scène ce texte, je m’aperçois aussi que je me construis, sur le plan identitaire. Je m’affranchis de beaucoup de choses. Donc c’est curieux quand on parle de féminisme, de faire le parallèle. Et au final, pour moi le spectacle sera réussi si on reste au plus proche de nous, exigeants et sincères. Il comportera ses imperfections ou ses longueurs, mais il sera réussi si je reste en cohérence avec moi-même et ma démarche. Il sera raté si je me décentre, si je cherche à être moralisatrice. Ce qui est important c’est que ces mots soient dits sur scène.

C’est un peu le thème de l’année…

C’est vrai, c’est drôle. Il y a quelque chose qui s’est passé dans le théâtre. Et en tant que française je peux le dire: on avait un vrai problème au niveau de la direction des théâtres, des écoles, de tout ce qui était public, parce que c’est vraiment un milieu machiste. C’était dirigé à 90% par des hommes. Et puis il y a eu Aurélie Filippetti, qui a instauré une forme de discrimination positive. Il fallait sans doute passer par là. Plein de femmes ont pris la tête de scènes nationales ou d’école. Donc je crois qu’il y a une prise de conscience qui se fait à ce niveau.

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