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Culture
Le diable dans les détails
Gone Girl
De David Fincher | Thriller/Drame
Avec Ben Affleck, Rosamund Pike et Carrie Coon


« Ma caméra n’est pas mue par une personnalité, elle suit simplement des mouvements parfaits, comme si ce qu’elle filme était destiné à se produire. »

Cette analyse de David Fincher sur son propre travail résume plutôt bien l’œuvre de ce cinéaste méticuleux et perfectionniste à l’extrême. Dès ses débuts, le futur réalisateur de Se7en et Fight Club fait preuve d’une obsession pour le moindre détail qui, si elle lui causera du tort pour commencer, forgera son style et l’imposera très vite comme un auteur majeur.


David Fincher sur le plateau d'Alien 3
Lorsque les producteurs d’Alien 3 embauchent le jeune David Fincher pour succéder à Ridley Scott et James Cameron, cet ancien animateur de chez Industrial Light & Magic n’a alors à son actif que des publicités, des clips et quelques courts-métrages. Le projet ayant déjà enchainé les déconvenues (quatre scénaristes et deux réalisateurs s’y sont cassé les dents), il apparaît donc comme un candidat idéal : un bon technicien, formé aux écuries réputées de George Lucas, mais inexpérimenté et donc aisément malléable. Les pauvres gars de la Fox ne pouvaient être plus éloignés de la vérité…

Non seulement Fincher se révèle empreint de réelles velléités artistiques, mais il est de plus déterminé à se défendre bec et ongles pour imposer sa vision. En conflit constant avec ses employeurs et forcé de composer avec un script qui n’en finit pas d’être réécrit, le cinéaste complique davantage un tournage déjà fort chaotique par sa propension à retourner chaque scène jusqu’à parvenir à la prise parfaite. Au terme de cette expérience particulièrement frustrante, Fincher est privé du final cut et le film sort finalement dans une version considérablement amoindrie.

Si Alien 3 est aujourd’hui renié par son auteur et s’il faut indéniablement visionner la version longue de 2003 pour saisir un peu mieux son projet, ce troisième opus reste une œuvre passionnante et admirable à plus d’un titre. Récit d’une noirceur absolue offrant une formidable clôture à une trilogie qui aurait dû en rester une, le film est surtout doté d’une mise en image qui contient déjà les germes de ce que sera le cinéma de David Fincher.


Alien 3
En premier lieu, un découpage qui favorise des plans larges, longs et souvent fixes. Ainsi, la caméra ne se déplace ou ne cadre un point précis qu’en cas d’extrême nécessité, et lorsqu’elle le fait, l’action est toujours justifiée et le mouvement parfaitement fluide et calculé. De même, les quelques fulgurances visuelles que s’autorise le cinéaste, loin de n’être que de vaines outrances graphiques héritées de son passé de pubard, s’inscrivent forcément dans une logique narrative. On pense tout autant au très ample mouvement de grue nous présentant l’intérieur de la prison durant l’explication de Clemens qu’aux géniales vues subjectives de l’Alien poursuivant ses victimes filmées au steadicam. Enfin, cette exécution carrée est soutenue par une utilisation toujours judicieuse des dernières technologies : Alien 3 est ainsi le premier de la saga à utiliser les images de synthèse pour donner vie au terrifiant xénomorphe.

Vingt-deux ans et neuf films plus tard, David Fincher a définitivement fait son trou. S’il a eu tendance à adoucir quelque peu son style, il est en revanche resté fidèle aux fondamentaux évoqués ci-dessus. Concernant la caméra « figée » et immuable, on peut évoquer Se7en, dont les quelques passages en shaky cam ne sont réalisés ainsi que parce qu’ils permettent d’illustrer le chaos de la ville ou la perte de contrôle des héros sur le récit. Quant au rapport étroit qu’entretien le cinéaste avec la technologie, il suffit de voir son usage aussi sobre que renversant de la performance capture, utilisée sur Benjamin Button pour vieillir puis rajeunir Brad Pitt et sur The Social Network pour créer des jumeaux à partir du visage d’un seul acteur.

Loin de s’essouffler comme certains grands d’antan, Fincher n’a cessé de perfectionner son art et de surprendre son monde en explorant de nouveaux registres ou en se renouvelant là où il semblait avoir tout dit.




Nous n’attendions pas nécessairement Gone Girl avec une impatience démesurée. Un film de David Fincher reste évidemment un événement, mais celui-ci n’avait pas non plus de quoi emballer outre mesure. Entres autres raisons, il semblait avoir été accepté par défaut après l’annulation d’un projet autrement plus excitant (une adaptation de Vingt mille lieues sous les mers en performance capture), tout en ramenant le réalisateur de Zodiac dans un genre qu’il a déjà maintes fois investi. D’un autre côté, nous attendions avec la même perplexité ses deux précédents films, pour au final se prendre une énorme claque dans les deux cas.


Adaptation du best-seller Les Apparences de Gillian Flynn par l’auteure elle-même, Gone Girl nous plonge dans la descente aux enfers de Nick Dunne (Ben Affleck), écrivain paumé dont la femme, Amy (Rosamund Pike), disparaît le jour de leur anniversaire de mariage. Une enquête est donc ouverte, l’événement est relayé en masse par les médias et suivi de très près par la population. Nick va alors voir son quotidien scruté par la police, les journalistes et ses voisins, chacun en arrivant au final à la même interrogation : a-t-il tué sa femme ?

Le dixième film de David Fincher est particulièrement délicat à aborder sans risquer de spoiler son incroyable intrigue. Car, si le point de départ semble annoncer un récit relativement classique, il n’en est rien. Bien au contraire, Gone Girl est sans conteste l’un des thrillers les plus surprenants de ces dernières années, en même temps que l’une des œuvres les plus roublardes de son auteur.


Jouant à merveille sur les apparences, le cinéaste et sa scénariste parviennent à maintenir un doute constant sur le statut de leur héros : ils nous enjoignent à l’empathie tout en cultivant le soupçon à son égard. Puis, au bout d’une heure, alors que le spectateur n’en peut plus de se demander si Nick a bel et bien tué sa femme, un gros twist vient tout chambouler et le récit vire complètement. S’amorce ensuite une seconde partie hallucinante qui enchaîne les rebondissements tous plus dingues les uns que les autres pour ultimement nous laisser, éreintés, sur le final le plus malsain du monde. A ce titre, la bande-annonce du film est l’une des plus malignes qu’on ait vue, puisque, non contente de préserver le mystère, elle induit subtilement en erreur.

Au-delà de l’habile thriller policier, Gone Girl est un film sur le couple, la manipulation, le rapport aux autres, les images de toutes sortes et les mensonges qu’elles peuvent véhiculer. Soit une œuvre traversée des thèmes récurrents chez Fincher, dans la droite continuité d’un Social Network ou d’un Millénium. Si la mise en scène se fait encore plus sobre que celle de ces deux longs-métrages, elle n’en reste pas moins millimétrée, assurant un récit d’une implacable efficacité. L’unique envolée graphique apparaît d’ailleurs au seul moment qui le nécessite et l’événement qu’elle illustre ne s’en trouve alors que plus impactant.


Une nouvelle fois, le découpage mathématique qui synthétise chaque séquence par son plan final s’insère dans un montage fluide et extrêmement précis (en un changement de plan, on passe d’un flashback où le couple s’embrasse au présent dans lequel le mari, seul, est en train de passer un test buccal au commissariat). Comme à l’accoutumée, la photographie tamisée de Jeff Cronenweth plonge l’univers filmique dans une atmosphère envoutante, renforcée par les boucles musicales hypnotiques de Trent Reznor et Atticus Ross. Enfin, les dialogues sont toujours aussi ciselés (Gillian Flynn n’est pas Aaron Sorkin, mais elle en a à revendre) et servis par un casting à la fois judicieux et parfaitement dirigé (Rosamund Pike est méconnaissable tandis que Ben Affleck confirme qu’il est bien meilleur acteur qu’on a pu le dire dernièrement). A l’instar de The Social Network, Gone Girl enrobe ainsi son propos d’un humour grinçant et génialement cynique, le drame et la violence du récit n’en devenant que plus forts.

Bouleversant et étonnamment drôle, jubilatoire et profondément dérangeant, le dixième film de David Fincher est une vraie surprise. Non pas parce qu’on doutait des capacités du cinéaste, mais parce que l’été maussade dominé par les blockbusters faisandés nous avait presque fait oublier ce que c’est que de sortir d’une projection avec l’impression d’avoir vécu une véritable expérience et ressenti de vraies émotions.

Il paraît que c’est ça, le cinéma. Et l’auteur d’Alien 3 le maîtrise jusque dans les moindres détails.


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