X
X
L'auditoire

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook
Culture
Et l'Homme créa Paléo #1 : Soundcheck
Chaque jour, retrouvez un petit épisode de notre feuilleton paléolithique: "Et l'Homme créa Paléo".


© Julie Collet
Ils arrivent demain. C’est pareil tous les ans – l’éternel retour de la ville provisoire –, mais moi mine de rien à chaque fois ça me fait quelque chose. Après le compte à rebours des dernières semaines, c’est du suspense en live. Tous ces mois de boulot – et c’est demain qu’ils arrivent.
Les séances de planification ont commencé pendant l’hiver. Ça se prépare en amont, une bastringue de cette envergure. On pourrait croire qu’à force on est rodés, et on l’est, mais on ne badine pas avec les détails. Stéphane, ça fait vingt ans qu’il coordonne les opérations. C’est le chef de chantier, le patron, le boss. Il connaît le processus.

Il y a une plaine à occuper. Vu du ciel (ou de Google Maps), ça n’a l’air de rien, la plupart du temps : c’est l’éternel quadrillage de chemins et de champs, l’entrecroisement des lignes ferroviaires, des routes et des ruisseaux, l’écheveau campagnard où poussent le seigle et les tournesols, le losange modeste à plat face au lac. C’est le socle. Chaque année, il y a là toute une ville à construire – et elle a beau être provisoire, il faut qu’elle tienne debout.

Trois semaines, un mois de montage, et cette année la météo a exagéré. On s’est ramassé les trombes sur la gueule, ça a alterné avec des chaleurs massues, on haletait au soleil et il n’y avait pas d’ombre vu que l’ombre, c'était notre job de la créer.

Il y a un espace à hiérarchiser : les chemins de terre deviennent des frontières, on se parle par lettres et abréviations pour désigner les secteurs, en fonction des pass qui seront distribués et qui ouvriront, ou non, les portes qu’on dessine à même le sol. On suit des plans préétablis, qui changent peu d’année en année. On trace des lignes par-dessus les lignes. On réinvente le paysage.

Dès le début des travaux, c’est tout de suite le chantier. Il y a des machines partout, et des gens en veux-tu en voilà. On creuse assez peu ; on plante beaucoup. Très vite des choses s’élèvent : toiles de tente, cahutes en planche, bennes et containers, caravanes et porta-cabines. Nous les pros on se charge des grosses infrastructures, en particulier des scènes. Ça ne pousse pas tout seul, une scène, ça se monte à la force du poignet et du tournevis et de quelques engins spécifiques, toute une mécanique à activer, une marche à suivre. C’est un travail serré, on ne peut pas se permettre de négliger des boulons. Ça requiert de la concentration. Je ne bosse jamais avec de la musique.

On a beau rire et boire des bières en fin de journée, on sait qu’on n’est pas à l’abri du sale larsen bien moche : l’accident, le type mal harnaché, ou pire (mais ça on évite de l’évoquer), l’écroulement pendant le festival, le pilier qui lâche, l’arche qui pète – c’est là-contre qu’on s’affaire, c’est contre ça qu’on sue par tous les temps.

Il a fallu construire la ville provisoire, illuminer l’atmosphère, électriser les champs, maîtriser la nuit. Avec la pluie, il a fallu encore grillager la boue, donner une prise aux pneus des voitures, limiter tant que possible l’embourbement.

Ils arrivent demain et aujourd’hui il pleut, comme hier il a plu et comme sans doute il pleuvra demain. C’est un temps de merde – ce n'est pas que moi qui le dis. Tout suinte, goge, flotche sous la semelle. On n’ose plus traverser le terrain. On répand des copeaux qui se gorgent immédiatement et s’enfoncent. On procède aux dernières vérifications. On flanque un petit coup de pied dans un poteau métallique, comme pour conjurer le sort – ça résonne dans la structure : soundcheck.

Pour nous, le job est fini – provisoirement. Il a arrêté de pleuvoir, juste histoire que la grande roue prenne des couleurs avant le soir. Le courant coule dans les câbles, les micros sifflent et sonnent – de la musique quelque part –, les plafonds et les planchers luisent encore de pluie ou de boue, mais ça tient, ça existe dans la plaine, face au lac. On a réussi à inventer notre nuit électrique.

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Téléchargez le dernier numéro de L'auditoire !

auditoire

Archives

time_machine

Remontez dans le temps ! Retrouvez tous les anciens articles de L'auditoire ici.

Rejoignez-nous sur Facebook

Suivez notre actualité au quotidien; retrouvez chaque jour articles, concours et photos!

Facebook

Recherchez dans les articles

Agenda

Sélection d'événements choisis par la rédaction, pour ne plus rien manquer dans la région.

auditoire

Abonnez-vous, c'est gratuit!

L'auditoire n'est plus envoyé automatiquement à toute la communauté universitaire.
Si vous souhaitez continuer à recevoir notre douce prose dans vos foyers, il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous.

Et si vous nous aimez vraiment beaucoup, vous pouvez souscrire à un abonnement de soutien.