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Culture
Comme neige au soleil
Captain America : Le Soldat de l’Hiver
De Anthony et Joe Russo | Action / Thriller
Avec Chris Evans, Scarlett Johansson et Samuel L. Jackson


Croire pour voir plutôt que voir pour croire

Cela fait maintenant six ans et neuf films que Marvel Studios martèle nos rétines de ses superhéros, entérinant le retour triomphal des comics au cinéma initié par X-Men début 2000 et le perpétuant jusqu’à l’overdose. Aujourd’hui, au cas où les deux marvelleries annuelles ne suffiraient pas, il faut également compter avec les adaptations de franchises dont les droits n’appartiennent plus au studio (Spiderman, X-Men), ainsi que celles détenues par son concurrent DC et chaperonnées par Warner (Batman, Superman)… plus quelques outsiders (Hellboy, Kick-Ass).

Répétée ad nauseam, réécrite et tordue dans tous les sens, la figure du superhéros au cinéma aura-t-elle encore longtemps une quelconque signification, une once de légitimité, la même puissance d’évocation qu’à l’origine ?


Le nombre de portages à l’écran importe finalement assez peu ; au contraire, l’essence même de ces récits fait qu’ils peuvent être réédités à l’infini. Nés du matériau narratif le plus intemporel qui soit, le mythe, ces derniers ont vocation à circuler indéfiniment. Le tout étant de savoir proposer à chaque nouvelle relecture un regard original et pertinent, tout en prenant soin de respecter les éléments fondamentaux qui en font précisément des histoires éternelles.

Et c’est là tout le danger de la tendance actuelle : le superhéros est devenu une franchise à part entière, un filon à exploiter, un puits à produits dérivés. Capes et collants se démultiplient à l’envi, investissent tous les supports… au risque de se voir vider de leur substantifique moelle.

Dans dix ans, quand DC et Marvel auront porté à peu près tout leur catalogue à l’écran une bonne quinzaine de fois, saura-t-on encore ce qu’est vraiment un superhéros ? Ou bien la figure mythique et tous les archétypes qu’elle trimballe se seront-ils dilués un peu plus à chaque réapparition, jusqu’à disparaitre totalement ? Après tout, ce destin fut bien celui de Star Wars, récit intemporel par excellence, dont la signification actuelle dans l’inconscient collectif n’est assurément plus la même qu’à l’origine. Vous vous souvenez, en 1999, quand George Lucas tentait maladroitement de nous expliquer ce qu’est physiquement la Force ?

Ruinés par leur créateur même, les jedis ont perdu ce qui les définissait. Les superhéros vont-ils subir le même sort ?
Même si ces derniers ont l’avantage, contrairement à la franchise la plus connue de l’histoire du cinéma, de ne pas être subordonnés à un seul décideur, ils sont actuellement menacés par deux grandes tendances qui risquent, à terme, de leur nuire définitivement.


D’un côté, DC et Warner, dans leur course pour rattraper leur éternel rival, semblent avoir choisi d’appliquer à tous leurs projets futurs la « méthode Nolan » consistant à ancrer l’univers des comics dans une réalité tangible, ce qui implique de rendre plus humain et crédible la figure du superhéros. Problème : si ce choix s’était avéré payant pour Batman, l’approche rationaliste et solennelle s’applique moins aisément au reste de la Justice League, d’autant plus lorsqu’elle est exécutée avec autant de prétention et de maladresse que sur Man of Steel.

De l’autre côté du ring, Marvel et Disney suivent le chemin inverse, favorisant un traitement fun et décomplexé. Problème : si le décalage humoristique et l’ironie sur les codes peuvent se révéler bénéfiques lorsque mis au service du discours du film (Iron Man 3), ils risquent aussi, au mieux, de faire basculer ce dernier dans le cynisme le plus total (Avengers), au pire d’annihiler toute existence du personnage (Thor, Iron Man 2).

En apparence à l’opposé l’une de l’autre, ces deux conceptions du superhéros ont un point commun : mal exécutées, elles empêchent la suspension d’incrédulité et donc la croyance en cette figure.


Le rire est-il le propre du surhomme ?

Chez Marvel, les films les plus réussis tiennent ainsi d’une juste mesure dans l’utilisation des touches d’humour. Iron Man 3 flirtait dangereusement avec les limites de l’exercice, mais le faisait afin de déstabiliser volontairement son héros. A l’opposé, l’autre réussite du studio est Captain America, un récit qui joue la carte du premier degré et croit sincèrement en son personnage, les quelques gags ponctuant le récit se faisant au profit de sa caractérisation et non au détriment de celle-ci.

Honnête et divertissante, la première aventure du superhéros patriote reste, comme Iron Man 3, transcendée par la personnalité de son réalisateur. A l’instar des précédentes créations de Joe Johnston (Chérie, j’ai rétréci les gosses, Jumanji ou Jurassic Park 3), il ne s’agit pas là d’un chef-d’œuvre, mais d’un film à la technique soignée et à la narration simple et efficace.


Pour son second opus, on pouvait craindre que Steve Rogers ne subisse le même sort que le pauvre Tony Stark dans le sien. De fait, plusieurs éléments semblaient annoncer un changement de ton qui trancherait forcément avec le film de Johnston : la transposition du héros de la Seconde Guerre mondiale dans notre époque moderne (problématique à peine effleurée dans Avengers), ainsi que le curieux choix concernant le poste de réalisateur, attribué à Anthony et Joe Russo. Habitués des sitcoms (Arrested Development et Community, pas des moindres, donc !), les frangins n’avaient à leur actif que deux longs-métrages, Bienvenue à Collinwood et Toi et moi… et Dupree, comédies attachantes mais bien bancales. Leur passage au méga blockbuster semblait donc un peu précipité, tout en indiquant une apparente volonté du studio de miser sur l’humour pour ce second volet. En bref, il y avait de quoi s’inquiéter…

Jours du futur passé


Dès la première scène, le constat est clair : la partie comédie sera plus importante que sur le précédent film. Ce qui ne confirme pas pour autant nos craintes, bien au contraire, puisque les multiples vannes balancées pendant le métrage se révèleront non seulement drôles, mais surtout – oh surprise ! – tout à fait respectueuses du superhéros. L’expérience de sitcom des Russo est ici tout à fait bénéfique, ces derniers faisant preuve d’un sens du rythme et de la punchline efficace à souhait. De même, les personnages existent et coexistent : on commence enfin à croire à Nick Fury, la relation du Captain avec Black Widow est plutôt bien vue et le Faucon, nouveau venu, parvient aisément à dépasser le stade du simple sidekick comique.

On pourra néanmoins regretter que le rôle tenu par Robert Redford, passée l’amusante référence à toute une partie de la filmographie de l’acteur, soit au final assez anecdotique et apparaisse plus comme un simple prétexte à guest. Idem pour le fameux Soldat de l’Hiver, bien peu présent à l’écran pour un personnage donnant son nom au film. De fait, il est dommage que toute la sous-intrigue tournant autour du passé de Steve Rogers soit si peu développée (quelques clins d’œil au premier opus, sympathiques mais souvent maladroits) en regard de celle impliquant sa confrontation avec le monde moderne (présente aussi bien dans les touches d’humour que dans le fil rouge).


Ainsi, même si le récit ne va pas au bout de ses possibilités, il permet tout de même de faire évoluer un brin la figure du héros et surtout d’emmener l’univers dans un autre genre : celui du thriller d’espionnage. Complots politiques, manipulations, courses-poursuites sur l’autoroute et autres fusillades en pleine rue sont au programme de ce deuxième Captain America, offrant un contrepied rafraichissant à son prédécesseur. Certes, on a l’impression d’avoir tout vu mille fois ailleurs, mais si la trame est classique au possible, son application dans le cadre du film de superhéros reste assez inédite, pertinente pour cette franchise particulière, et plutôt bien exécutée.

Ce qui nous amène à une autre bonne nouvelle : les scènes d’action sont réussies ! En réalité, il suffisait de se rappeler que les frangins Russo avaient déjà orchestré une jubilatoire partie de paintball dans Community pour savoir que leur maitrise du rythme dépasse le simple cadre des dialogues. Dynamiques et percutantes, les séquences d’affrontement se révèlent étonnamment tendues. Ça court, ça vole, ça castagne, ça prend des poses iconiques ; ici, on n’oublie pas, comme certains, que dans «superhéros», il y a aussi «super».

Nerveux, très rythmé et indéniablement fun, Captain America : Le Soldat de l’Hiver n’est certainement pas un chef-d’œuvre du genre comme pouvaient l’être le Superman de Donner ou le Spiderman 2 de Raimi. Il n’en reste pas moins un bon film popcorn (dans le sens noble du terme), et se place donc dans le groupe très restreint des bonnes productions Marvel, de celles qui respectent la figure qu’elles adaptent, ne la révolutionnent pas, mais en assurent néanmoins la pérennité.

Allez, s’il continue sur cette lancée, le studio comptera bientôt plus de bons films que de mauvais ; les superhéros ont peut-être encore leur chance...

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