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Culture
Plus que tout au monde
La Belle et la Bête

De Christophe Gans | Drame / Fantastique

Avec Léa Seydoux, Vincent Cassel et André Dussolier

Ce mois de février revêt une importance particulière pour le cinéma français. En effet, à travers plusieurs productions, notre voisin compte bien prouver qu’il peut offrir autre chose qu’un cinéma nombriliste et archaïque ne proposant que des comédies débiles à la seule gloire de « l’acteur préféré des Français selon NRJ12 » ou des drames sociétaux pour dépressifs condescendants, et qu’il est bien encore capable de faire du vrai cinéma qui soit populaire sans être formaté et intelligent sans prendre son public de haut.

Tandis que le genre nerveux et intense fait son grand retour avec Mea Culpa (dont nous vous parlions il y a une semaine), le domaine de l’animation nous a récemment offert deux projets atypiques et courageux, l’étonnant Minuscule et le miraculé La Mécanique du Cœur. Au milieu de tout cela, un film ressuscite une autre tradition : celle du conte.


Christophe Gans a, dès ses débuts derrière la caméra, investi le registre de l’adaptation. Après des années passées dans le journalisme à œuvrer pour la reconnaissance du cinéma asiatique et de genre en France, ce brillant critique saute le pas en 1994 avec Necronomicon, film à sketches s’inspirant de trois nouvelles de H. P. Lovecraft, dont il réalise le premier segment. Ce dernier, à l’image du projet dans son ensemble, se révèle inabouti, proposant certes quelques belles images, mais ne parvenant jamais à retranscrire toute l’horreur des récits lovecraftiens.

Gans incarne ainsi parfaitement la dichotomie qui oppose les milieux de création et de réception du septième art : un bon théoricien ne fait pas nécessairement un bon cinéaste. De la réflexion à la mise en pratique, il y a tout un monde, si bien que, de même qu’on peut parfaitement savourer un plat sans être capable de le cuisiner, savoir décrypter un film n’assure pas de pouvoir en faire un soi-même.


De fait, tous les essais suivants de Gans seront finalement caractérisés par le même écart : de beaux objets théoriques, prenant appuis sur de riches matériaux préexistants et portés par des velléités louables, mais dont les ambitions se perdent dans une fabrication confuse. Ainsi en est-il de Crying Freeman, adaptation du manga éponyme dotée d’une belle atmosphère mais dénuée de toute émotion. De même, Le Pacte des Loups promet beaucoup sur le papier (la légende de la Bête du Gévaudan transformée en une sorte de thriller historico-politique où le mythe s’oppose au rationnel), mais se révèle au final déséquilibré, un peu fourre-tout, sorte de melting-pot d’influences pas toujours bien agencées, Gans laissant plus de place à son Iroquois adepte de kung-fu qu’à son sous-texte politique. L’adaptation du jeu vidéo Silent Hill n’échappera pas à la règle, le cinéaste offrant un visuel soigné mais ne parvenant presque jamais à retrouver l’essence du matériau d’origine (alors qu’il semble l’avoir parfaitement saisi lorsqu’il décrit son projet).

La filmographie de Gans a ainsi quelque chose de particulièrement frustrant : à chaque coup, tous les éléments sont réunis pour aboutir à une réussite complète (compréhension théorique, maitrise visuelle, réelle envie de cinéma), mais leur combinaison ne fonctionne jamais totalement.

Si La Belle et la Bête est certainement le meilleur film du cinéaste, il n’en reste pas moins emprunt des mêmes tares récurrentes ; comme à l’accoutumée, l’œuvre a les défauts de ses qualités.


S’inscrivant une fois de plus dans le registre de l’adaptation, Gans entend revenir aux sources du conte originel en s’inspirant de la première version datant de 1740, le film de Jean Cocteau comme celui de Disney prenant comme base un second texte, plus court, écrit vingt ans plus tard. Il s’agit donc ici moins d’un quelconque remake que d’une nouvelle version de l’histoire, au contenu plus riche. C’est là toute la force du projet, mais également la source de ses faiblesses.

Indéniablement, le récit gagne en densité : de nouveaux arcs narratifs apparaissent et ceux déjà connus se voient agrémentés d’une substance nouvelle (la situation familiale de Belle, le passé de la Bête). L’imaginaire se fait plus foisonnant (les biches au pelage d’or y côtoient les géants de pierre), et le visuel dans son ensemble en devient d’autant plus coloré et enchanteur.

Mais toute cette nouvelle matière semble au final perdre Gans qui, une fois de plus, ne parvient pas à harmoniser ses nombreuses aspirations. Résultat de cette exécution confuse, le film multiplie les ruptures de ton peu habiles, passant alternativement du drame fantastique au conte enfantin sans réelle fluidité, par des transitions rarement justifiées. Ainsi, les chiots lilliputiens qui peuplent le château de la Bête et sont censés remplir le rôle de sidekicks comiques ne sont non seulement pas drôles mais n’auront en plus aucune réelle utilité dans l’histoire (alors qu’on nous les présente au départ comme les futurs meilleurs amis de l’héroïne). De même, le cabotinage des deux sœurs de Belle tranche continuellement avec les dilemmes moraux travaillant le reste de la famille, et les scènes les impliquant sont souvent ridicules (Audrey Lamy semble se croire toujours sur le plateau de Scènes de ménage).


Si le déséquilibre reste moins prononcé que sur les précédentes œuvres de Gans, il persiste néanmoins. Et c’est d’autant plus dommageable que l’auteur du Pacte des Loups n’a jamais été aussi ambitieux : décors somptueux, costumes flamboyants, effets spéciaux soignés, casting judicieux et mise en scène toujours aussi élégante, le film est indéniablement une très belle proposition de cinéma. Belle, mais encore fragile.

Passionné, Christophe Gans voudrait nous raconter mille choses à la fois et inclure toutes ses références dans un même cadre, sans prendre le temps de trier ni d’épurer. Il est évident que l’homme a le talent nécessaire pour réaliser un grand film. Ne lui reste plus qu’à canaliser ses aspirations afin qu’elles ne s’opposent plus, mais se complètent, enfin.


La Belle et la Bête est, comme tous les films de Gans, inabouti. Mais à défaut d’accomplissement, reste la tentative. Une tentative louable et généreuse, dans laquelle peu auraient le courage ou l’ambition de se lancer, mais dont on médit allègrement, comme souvent. Ceux-là même qui louent avec démagogie les bouffonneries vaguement populistes et s’extasient avec condescendance des délires auteuristes ne se privent pas de cracher avec mépris sur cette œuvre imparfaite, certes, mais pure et intègre. Qu’importe, le crapaud peut bien baver, la colombe n’en sera pas moins blanche.

Le mois de février est important pour le cinéma français : à travers plusieurs productions, notre voisin nous rappelle qu’il possède encore une âme.

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