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FAE-UNES: vers la désunion
Du 31 octobre au 4 novembre, tous les étudiants de l’Unil sont appelés à se prononcer sur la sortie de l’Union des étudiants de Suisse (UNES) par la Fédération des associations d’étudiants de l’Unil (FAE). Un vote très important, qui méritait donc que l’on s’y attarde. La situation étant non seulement peu connue du corps estudiantin, mais surtout particulièrement complexe, nous ne pouvions en parler autrement qu’à travers ce très long texte, qui sera complété d’un second article dans le prochain numéro de L’auditoire. Nous reviendrons ici sur les fonctions respectives de la FAE et de l’UNES, ainsi que sur les divers éléments ayant mené leur relation à se détériorer, jusqu’au récent vote de sortie sur lequel les étudiants doivent à présent trancher. Quant à lui, l’article papier s’intéressera aux enjeux de ce référendum et aux conséquences d’une potentielle sortie de l’UNES. Oui, c’est long, mais c’est nécessaire. On espère donc que vous nous lirez jusqu’au bout.

Le 27 avril dernier, la FAE annonçait dans un communiqué de presse sa décision de quitter l’UNES. Sans plus de précisions, le texte évoquait simplement des «réflexions entamées il y a plusieurs années». Le lendemain, l’UNES publiait son propre communiqué, insistant sur les conséquences négatives de ce départ, sans toutefois en expliquer les causes. Le 3 mai, la FAE émettait un erratum puis un article dans le dernier numéro de L’auditoire (n°233, p.16). Tous deux visaient à clarifier la situation à la suite de divers articles de presse s’inquiétant d’un départ précipité et lourd de conséquences, mais le texte donnait au final toujours peu de précisions quant aux raisons profondes de ce choix. L’ensemble de la communauté estudiantine étant appelé à se prononcer sur la question prochainement, il nous semblait utile de revenir plus en détails sur l’historique de cette affaire, ainsi que ses principaux enjeux.


Aux origines

L’Union des étudiants de Suisse, l’UNES donc, est fondée le 19 juin 1920 à Zurich par les associations d’étudiants des universités de Bâle, Genève, Neuchâtel et Zürich, de l’EPFZ, de la Haute école de Saint-Gall, du groupement des étudiants tessinois ainsi que quelques étudiants bernois. Vouée à la défense des intérêts estudiantins en Suisse, elle se fait leur porte-parole aussi bien au niveau national qu’international: outre ses contacts fréquents avec la presse lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur des problématiques concernant les étudiants, l’UNES jouit également d’un accès au Parlement lui permettant de faire du lobbying auprès des politiques. Enfin, elle est membre de l’European Students Union (ESU) et collabore avec différents organismes lui assurant une présence sur la scène internationale.

Actuellement, l’UNES siège à Berne et rassemble onze faîtières, dont la FAE. Elle est composée de deux organes législatifs et d’un organe exécutif: l’Assemblée des délégués (AD), organe souverain réunissant des représentants des onze sections, le Comité législatif, qui compte un représentant par faîtière, et enfin le Bureau, constitué d’une dizaine de personnes réparties entre une Direction et un Comité exécutif. La FAE possède six sièges à l’AD et un au Comité législatif. Les séances de l’AD ont lieu deux fois par an, celles du Comité législatif une fois par mois. S’ajoutent à cela cinq commissions thématiques, ainsi que des retraites et autres weekends de sortie organisés par l’UNES en compagnie de ses sections.

Quant à elle, la Fédération des associations d’étudiants de l’Université de Lausanne existe depuis 1982. Son rôle consiste à représenter et défendre les intérêts estudiantins au niveau de l’Unil et du canton. Les services de la FAE vont ainsi des simples conseils aux étudiants à l’aide financière, en passant par les recours. Elle est également composée d’une AD pour le législatif et d’un Bureau pour l’exécutif. L’AD se réunit chaque mois et compte une quarantaine de membres, composée de représentants des dix associations facultaires et d’étudiants volontaires élus par tirage au sort. Le Bureau est formé par neuf membres étudiants, soient deux co-présidents et sept responsables de domaine auxquels s’ajoutent une secrétaire générale et un secrétaire administratif et comptable.

Dissensions

Comment en est-on arrivé à ce que la FAE, membre de l’UNES depuis plus de vingt ans, vote pour une sortie? Il semble que la relation entre la section lausannoise et la faîtière nationale ait commencé à se dégrader il y a déjà quelques années. Mais ce n’est que l’an dernier que les problèmes éclatent véritablement au grand jour. Questionnant depuis quelques temps son appartenance à l’UNES, la FAE ouvre un groupe de travail (GT) lors de son AD du 24 mars 2015. Composé de délégués et de membres du Bureau, ce GT a pour mission première d’étudier la façon d’optimiser l’investissement de la FAE au sein de l’UNES. S’il conclut que la section lausannoise pourrait faire plus d’efforts pour s’impliquer et amener du changement, il révèle également des problèmes de longue date qui préoccupent les membres de la Fédération.

Il est ainsi reproché à l’UNES une certaine tendance à l’autoritarisme et un fonctionnement top-down où les décisions sont prises du haut vers le bas, au contraire de ce que prône la FAE. Comme l’explique Francisco Da Cruz Sousa Martins, co-président du Bureau: «Premièrement, ces étudiants qui s’engagent comme représentants doivent aussi réussir leur année, travailler à côté, voir leur famille, etc. L’engagement associatif vient donc s’ajouter à une vie déjà bien remplie. Ensuite, il faut décider du type de représentation que l’on veut. Dans une approche plus bottum-up, les décisions remontent du bas vers le haut de la pyramide. Avant de s’investir au niveau supérieur, il faut déjà s’assurer d’être présent pour sa base, c’est-à-dire les étudiants et les étudiantes de l’Unil. Quand la base est prioritaire, on a forcément des limites de temps et d’énergie pour ce qu’il y a au-dessus. Pour une même quantité de ressources disponibles, la question consiste alors à savoir ce qui doit primer, le local ou le national? A l’UNES, il y a une autre vision qui est beaucoup plus focalisée sur le haut de la pyramide, et ils s’attendent à ce qu’on s’engage en priorité sur leurs dossiers. C’est même plus qu’une attente, c’est parfois à la limite de l’exigence. Quand l’UNES reproche à ses membres un manque d’investissement, quelque part elle estime que ça lui est dû...»


A ce titre, la FAE regrette également une disproportion entre les ambitions de l’UNES et les moyens à disposition de ses sections, la faîtière nationale semblant oublier que ses membres sont avant tout des étudiants bénévoles dont l’engagement possède ses limites. La campagne de l’initiative sur les bourses d’études, à laquelle a pris part la FAE durant l’année 2014-2015, reste ainsi une grande déception pour la section lausannoise, qui s’est sentie dépassée par les attentes peu claires de l’UNES et peu soutenue par cette dernière dans ses actions. Le déroulement délicat de cette campagne, qui aura demandé un gros investissement tant pécuniaire (30'000.-) qu’humain à la FAE, a ainsi rappelé l’un des principaux problèmes dans sa relation avec l’UNES: la communication.

Comme c’est souvent le cas dans les organismes d’échelle nationale, les différences de langue ne facilitent pas le dialogue. La majorité des échanges avec l’UNES se fait en Allemand, et si les séances de l’AD de l’Union proposent des traductions simultanées, ce n’est pas le cas de celles du Comité législatif. Durant ces dernières, une demande de traduction peut être faite, mais elles devront être effectuées par des membres du Comité présents sur place, forcément plus approximatifs que les traducteurs professionnels engagés lors des AD. Concernant l’écrit, les procès-verbaux sont généralement rédigés dans la langue prononcée par chaque intervenant et ne sont pas traduits. Quant aux documents préparatoires, la version française est parfois peu compréhensible. «Quand les traductions sont absentes ou approximatives, remarque Francisco, ça ne facilite pas la communication. Parfois c’est même une source de conflit car on a l’impression de se comprendre alors qu’on patauge dans un quiproquo linguistique qu’on découvrira souvent après coup. Par exemple, on a déjà vu des situations où le texte proposé au vote dans une langue était en contradiction avec sa version traduite dans l’autre langue. C’est absurde et très fatigant, surtout pour la minorité francophone qui ne représente que 2 membres sur 10, nous compris. A notre sens, une association comme l’UNES qui cherche à unir des régions linguistiques différentes devrait avoir comme première priorité de permettre cette réunion. Etre sûr de se comprendre, c’est le prérequis à toute prise de position commune. Mais quand la FAE demande de mettre plus de ressources dans les traductions et la transparence, l’Union nous dit que ça coûterait trop cher et qu’il y a d’autres priorités.»

Vient ensuite le coût financier, qui reste non négligeable dans le cas de la FAE. Laia Soler, membre du Bureau, précise: «Nous payons une cotisation se situant aux alentours de 57'000.- pour cette dernière année. Et c’est l’une des plus élevées. Les cotisations sont fixées en fonction du nombre d’étudiants représentés par chaque faîtière. La FAE représente tout le corps estudiantin de l’Unil, soient 14'000 étudiants, qui est le chiffre le plus élevé de tous les membres de l’Union, alors que d’autres sections, qui viennent pourtant d’universités plus grandes, ont des cotisations moins élevés car leurs statuts prévoient qu’elles ne représentent pas tous les étudiants de leur université.» Dans ce cadre est régulièrement relevé un souci de transparence, en particulier financière: outre l’importante part des dépenses consacrées au fonctionnement administratif, la FAE estime peu claire l’utilisation de sa cotisation. Elle déplore également que les comptes de l’UNES ne soient pas rendus publics sur son site internet. L’opacité des liens entretenus par l’UNES avec les lobbys à Berne est également problématiques pour la faîtière de l’Unil, la neutralité partisane demandée par les statuts de l’Union étant ainsi invérifiable.

Enfin, et c’est sans doute le plus problématique, la FAE considère son poids représentatif comme étant de plus en plus faible. Tout d’abord, il faut indiquer que, comme le relevait le groupe de travail évoqué précédemment suite à ses recherches, la Fédération souffre elle-même d’un certain manque de participation à l’égard de l’UNES. En effet, les six sièges dont elle dispose à l’AD de l’Union, qui peuvent être occupés par des délégués comme des membres du Bureau, sont rarement tous remplis. Francisco avoue qu’il est toujours difficile de trouver et de motiver des représentants pour se rendre aux séances: «La grande majorité des réunions se déroule à Berne. Pour nous lausannois, ça signifie deux heures de train aller-retour pour des réunions qui ne durent parfois qu’une heure et demie; on passe parfois plus de temps dans les transports qu’à la réunion elle-même. Et sur place, bien souvent on ne comprend pas ce qu’il s’y dit ou ce qu’il s’y vote, car les sujets sont complexes et les traductions sont approximatives ou simplement absentes. Comme francophones, on peine à se faire comprendre, et si on y parvient, on reste une minorité qui peine à se faire entendre. Pas idéal comme situation pour faire bouger les choses.» Laia renchérit: «Il y a un investissement très conséquent en temps et en énergie: il y a une réunion par mois pour le comité législatif, il y a les AD, les cinq commissions thématiques, les retraites, etc. On peut toujours ne pas y aller, mais le but est tout de même de s’y rendre, car sinon, on est exclus des discussions qui s’y tiennent et on ne sait pas ce qu’il s’y passe, les procès-verbaux étant lacunaires.»

Mais au-delà de la difficulté à trouver des volontaires pour faire le déplacement, il semble à la FAE que sa participation n’a dans tous les cas plus beaucoup d’impact. Ainsi, même lorsque tous ses sièges sont occupés, il est fréquent qu’elle se retrouve tout de même dans une position minoritaire. Au printemps 2015, l’AD de l’UNES est appelée à se prononcer sur l’introduction de diplômes de 3e cycle (PhD) dans les Hautes Ecoles Spécialisées. Ses délégués s’étant déclarés contre, la FAE, représentée par ses six sièges, défend cette position et s’inquiète surtout des conséquences financières: la répartition de l’argent octroyé par la Confédération pour les doctorats s’en verra modifiée si ces financements doivent couvrir à la fois les Hautes Ecoles Spécialisée et Universitaires, induisant une possible diminution pour les HEU. La section lausannoise demande donc à ce que la somme totale soit augmentée afin que ces dernières conservent le même montant. Au final, la FAE se retrouve seule à défendre cet avis, et l’AD de l’UNES décide de garder les financements identiques et de les répartir entre HEU et HES, baissant donc la part des premières. Depuis quelques temps, l’UNES accueille en effet davantage de HES en son sein, ce qui ne réjouit pas forcément la FAE, comme l’exprime son co-président: «L’arrivée des HES dans l’Union nous semble positive, en revanche, ce qui dérange, ce sont les volontés expansionnistes de l’UNES qui souhaite obtenir toujours plus de membres, pour cumuler plus de cotisations, en laissant planer l’espoir que la cotisation de chaque membre puisse un jour baisser. Que d’incompréhension quand on constate que globalement les cotisations continuent à prendre l’ascenseur. Sur la question des PhD dans les HES, ces dernières avaient des intérêts différents de ceux des HEU qui se sont retrouvées dans une situation paradoxale: pour continuer à séduire les nouveaux arrivants synonymes d’argent en plus, il fallait négliger les intérêts des membres plus anciens, c’est-à-dire nous les HEU. De manière générale, il faut rappeler que plus il y aura de membres au sein de l’Union et plus le poids relatif de chacun va diminuer. Le pouvoir décisionnel de la FAE va continuer à se diluer et notre influence sur la politique de l’UNES va continuer à baisser.»

Ainsi, les recherches du GT de 2015 ont mené la faîtière de l’Unil au constat suivant: outre son propre souci d’investissement, l’adhésion à l’UNES est «chronophage, énergivore et onéreuse». Les problèmes observés sont couchés sur papier et envoyés à l’Union dans un document intitulé «retour informel» à l’occasion d’une retraite organisée durant l’automne 2015 pour réfléchir aux questions de structure interne. C’est suite aux promesses de réformes faites par l’UNES que le GT suspend son investigation le temps d’observer les éventuels changements. Mais un événement précis va relancer la discussion.

L’affaire AGEF

Nous pénétrons ici un peu plus les méandres de la politique estudiantine. Mais il est important de saisir le déroulement exact de cette affaire qui aura cristallisé tous les problèmes dans la relation de la FAE à l’UNES.

Le 23 octobre 2013, l’Association générale des étudiants de Fribourg (AGEF) pose une condition suspensive concernant son appartenance à l’UNES: si la cotisation qu’elle verse à la faîtière nationale ne se rapproche pas de 40'000.- d’ici novembre 2014, elle en sortira. Un an plus tard, le Conseil des étudiants de l’AGEF vote malgré cela pour payer la cotisation de 47'000.- pour l’année 2015. Le 8 novembre 2014, un étudiant fribourgeois dépose alors un recours contre cette décision, rappelant l’effet suspensif qu’elle devrait avoir déclenché. En décembre 2015, la Commission de recours de l’Association donne raison à l’étudiant: la condition posée en 2013 s’est réalisée, l’AGEF a donc valablement quitté l’UNES. Cette dernière en est informée et lance à son tour, le 19 janvier 2016, un recours contre l’AGEF pour contester cette décision. Huit jours plus tard, les sections membres sont mises devant le fait accompli lors de la réunion du Comité législatif et appelées à se prononcer sur le maintien du recours. Le représentant de la FAE demande alors un report de décision afin de consulter son propre législatif.

Le 21 mars, la question est soumise à l’AD de la FAE, en présence de membres de l’UNES. Ces derniers présentent la situation ainsi: «Soit le recours est accepté et l’AGEF réintègre l’UNES, soit il est refusé et l’AGEF sort.» Mais le vote prend bien vite une autre dimension. Les représentants de l’Union ont beau expliquer que la raison de ce recours concerne moins la sortie de l’AGEF elle-même que la démarche par laquelle elle a été entamée et annoncée après coup, rien n’y fait: l’action de l’UNES, assimilée à de l’ingérence, passe mal. De même, pressé par un délai de trente jours autorisant les recours, le Comité exécutif n’a pas consulté les sections membres avant d’entamer sa procédure. Ce qui n’arrange rien à l’affaire. L’AD vote donc contre le maintien du recours à 18 voix contre 1.

Le 30 mars, c’est donc cette position que la FAE défend devant le Comité législatif de l’UNES. Elle sera la seule section à le faire, le recours étant finalement maintenu. Actuellement, l’AGEF estime que sa sortie a bien eu lieu, tandis que l’UNES continue à la considérer comme membre. Quoi qu’il en soit, comme l’explique Francisco, l’événement a très clairement rouvert les discussions sur l’appartenance de la FAE à l’UNES: «C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et qui a relancé les discussions sur l’UNES après qu’on les ait mis en pause, suite à leurs promesses de réformes internes. Si réformes il y a, cet épisode montre qu’elles ne vont pas dans le bon sens… Ce recours de l’Union contre son membre l’AGEF nous pose plusieurs problèmes. Premièrement, les statuts de l’UNES affirment l’indépendance des membres, et donc, faire recours contre la décision d’un membre viole clairement les statuts. Même hors questions statutaires, c’est assez inquiétant quand une association qu’on rejoint sur une base volontaire fait usage de la force juridique pour s’opposer à la sortie de ses membres. Deuxièmement, ce recours a été lancé par l’exécutif de l’UNES sans consulter l’avis du législatif, soit les membres de l’Union. Quand ils nous ont appris ce recours, les frais de justice était déjà engagés et donc irrécupérables, et ils nous demandaient de valider leur initiative. Au Bureau de la FAE, ce recours nous paraissait très problématique et nous avons refusé de valider cela sans consulter notre législatif à nous, or il s’est massivement prononcé contre le maintien du recours. C’est donc la position que nous avons défendu au comité législatif de l’UNES et nous avons été la seule section membre à nous opposer à cette initiative de leur bureau exécutif, qui sur place nous a rappelé qu’un membre qui sort, c’est une cotisation en moins, ce qui sous-entend une augmentation des cotisations pour les autres membres. Troisièmement, à l’UNES, il y a deux législatifs, le petit, le comité législatif, avec un siège par section membre, et le grand, l’AD, avec un nombre de sièges proportionnel au nombre d’étudiant-e-s des sections membres. Le recours a été «validé» par le petit législatif, mais il n’a jamais été discuté au grand législatif alors que, selon les statuts, c’est ce dernier qui est le seul compétent pour une telle décision. Au final, cette épisode illustre bien l’excès de top-down à l’UNES ; pour défendre une «nécessité nationale» auto-proclamée, ils négligent ouvertement le respect des membres et des principes fondateurs de l’union. Cerise sur le gâteau, le recours a été rédigé de manière très amateur, autant dans le forme que dans le fond, qui souffre de traductions approximatives.»


FAExit

Tout cela nous amène donc au vote de sortie de l’UNES par la FAE, et à ses conditions quelque peu problématiques. Le 15 avril 2016, les associations d’étudiants en médecine, biologie et SSP envoient au Bureau de la FAE une demande conjointe:

Après le vote de l’année passée demandant une amélioration des relations et de la transparence entre l’UNES et la FAE, il nous semble judicieux d'examiner les changements qui sont intervenus avec l'UNES au cours de l'année écoulée. Premièrement, nous n’avons malheureusement pas remarqué de changements significatifs, et ce malgré les efforts et la bonne volonté des étudiants lausannois qui ont collaboré avec l'UNES. Deuxièmement, cette année, les charges financières ont encore augmenté, notamment par la hausse du budget traduction payé par la FAE. Troisièmement, les agissements de la faîtière envers la souveraineté d’une de ses sections, ainsi que la réaction de l’assemblée des délégués lausannois de la FAE, ont suscité la réflexion de plusieurs délégués. Tout ceci nous pousse donc à nous interroger sur la légitimé de l’appartenance de la FAE à l’UNES. L'Association des Étudiants en Sciences Sociales et Politiques, l'Association des Étudiants en Médecine de Lausanne et L'Association des étudiants en Biologie demandent à mettre la question de l’appartenance de la FAE à l’UNES à l’ordre du jour lors de l'assemblée des délégués de la FAE du 25 avril. Dans l'optique d'une discussion, les associations demanderesses souhaiteraient avoir la vision du bureau pour s'assurer que l'ensemble des délégués présents soient bien informés sur la question. Dans ce but le LAB, l'AESSP et l'AEML demandent un préavis formel et clair de la part du bureau. Finalement l'AEML, le LAB et l'AESSP demandent et veulent s'assurer de la tenue d'un vote sur l'objet en question: «l'appartenance de la FAE à l'UNES». Nous recommandons un vote à la fois clair et simple concernant une prise de position intitulée: «Que la FAE quitte l'UNES le plus rapidement possible tout en respectant les procédures internes de l'UNES».

La demande des associations facultaires coïncidant avec les questionnements du Bureau, le vote est donc ajouté à l’ordre du jour et, le 25 avril, l’AD de de la FAE est appelée à se prononcer sur une sortie de l’UNES. Mais d’entrée de jeu, des réserves sont émises: le dossier préparatoire rédigé par le Bureau de la FAE a été envoyé aux délégués le 19 avril, alors qu’il aurait dû l’être au minimum sept jours avant la séance. De fait, l’UNES, représentée sur place et obligée de fournir une réponse, n’a eu quant à elle qu’un court délai pour préparer ses propres documents, qui n’auront pu être transmis aux délégués qu’au début de la séance elle-même. Dans l’assemblée, des voix s’élèvent donc: la préparation n’est pas suffisante. L’Association des étudiants en lettres explique ainsi ne pas avoir eu le temps nécessaire pour effectuer le processus de décision à l’interne. Il est donc demandé que le vote soit repoussé à une prochaine séance. Mais il semble que la majorité des autres délégués et associations soit parvenue à se concerter dans le temps imparti. De plus, la séance suivante tombe en pleine période de préparation aux examens et possède déjà un ordre du jour passablement chargé. Enfin, il est souligné que la question de l’appartenance à l’UNES et des problèmes qui l’entourent n’est pas neuve et a déjà été abordée plusieurs fois en séance. L’AD vote donc le maintien du point à l’ordre du jour, à seulement 15 voix contre 11 néanmoins.

Il est toutefois décidé d’accorder dix minutes à l’assemblée pour lire le rapport rédigé par l’UNES. Ceci fait, une nouvelle protestation se fait entendre: l’envoi des documents de préparation n’ayant pas respecté le délai imparti, il est alors carrément demandé à ce que l’AD vote sur l’invalidation de la séance entière. Avec 6 voix pour, 11 contre et 5 absentions, elle reste finalement valide.

Le Bureau de la FAE et les représentants de l’UNES peuvent alors chacun défendre leur position. Le premier donne évidemment un préavis favorable à une sortie, pour les multiples raisons évoquées précédemment, les problèmes persistant toujours. Les seconds indiquent quant à eux que des changements ont tout de même commencé à poindre: des modifications dans les structures de l’UNES, faisant précisément écho à la plupart des critiques adressées par la FAE, sont en train d’être mises en place, notamment concernant les traductions. Rappelant que l’initiative sur les bourses d’études était la première lancée par la faîtière nationale depuis sa création, cette dernière insiste sur le potentiel formateur de cette expérience: les problèmes qui y ont été relevés peuvent être corrigés par la suite. L’Union affirme ainsi s’être passablement remise en question depuis le départ de l’AGEPoly, faîtière de l’EPFL, début 2015. A l’inverse, elle regrette que la FAE ne se soit pas davantage investie suite au constat du GT de 2015: elle ne s’était pas déplacée à la fameuse retraite où ont précisément eu lieu des discussions concernant une restructuration de l’UNES et aurait été absente à 70% des événements de l’année académique 2015-2016. Surtout, la faîtière nationale estime que sa section lausannoise aurait dû faire plus de demandes officielles pour faire part de ses désirs de changement (amendements, motions, interpellations). Enfin, elle précise que les décisions prises par les autres sections et auxquelles la FAE n’adhère pas font également partie du jeu de la démocratie.

Au-delà des évolutions à venir en son sein, l’Union insiste surtout sur les conséquences d’une sortie pour les étudiants lausannois. Elle souligne l’importance d’une représentation nationale à l’heure du régime de Bologne. Quitter l’UNES priverait la FAE de son réseau (notamment son accès au Parlement et ses contacts avec l’ESU) et donc d’une présence dépassant l’échelle cantonale. La décision impliquerait alors non seulement l’Unil, mais l’ensemble des sections et, au final, chacune des universités suisses. Comme le mentionne le dossier rédigé par l’UNES à l’attention des délégués: «L’enseignement supérieur et la recherche font l’objet de remises en cause constantes quant à leur coût ou à leur utilité même. S’il est déjà difficile pour les francophones de se faire entendre parfois, sans la 2ème Université de Romandie, cela sera encore plus dur. Pour vos propres intérêts comme pour vos collègues romands et alémaniques aussi, pour vos Professeur-e-s comme pour vos Institutions (Uni, Fac, Instituts, Départements, etc.), nous vous invitons à rester membre de l’Union.»

Néanmoins, le Bureau de la FAE rappelle que, si sa priorité reste l’échelle locale, il est évidemment conscient de l’importance d’une représentation des intérêts estudiantins aux niveaux cantonal et national. Ainsi, il précise qu’une sortie n’interdirait pas par la suite des collaborations ponctuelles avec l’UNES sur certains dossiers, mais souligne surtout que l’Union n’a pas, dans l’absolu, le monopole de la représentation nationale. Est alors évoquée la possibilité de créer une nouvelle structure, plus légère, pourquoi pas romande, qui réponde plus aux besoins de la FAE. Bien qu’encore très floue, l’idée est alors soutenue par plusieurs délégués présents.

Au terme d’une longue et passionnée discussion, l’AD de la FAE se déclare finalement favorable à une sortie avec 13 voix pour, 1 contre et 9 abstentions (soit tout juste la majorité absolue).

Référendum

Ce 25 avril, la FAE est donc partie pour quitter l’UNES et l’annonce par les déclarations évasives mentionnées en début d’article. Mais la décision ne satisfait pas tout le monde, principalement en raison des conditions particulières évoquées ci-dessus. Un groupe d’étudiants se réunit donc et décide de lancer un référendum, comme permis par les statuts de la FAE, afin de soumettre la question à l’ensemble des étudiants de l’Unil. La démarche est une première dans l’Histoire de la faîtière lausannoise. Lucas Perdrisat, délégué de l’AEL et membre du Comité référendaire, explique: «Neuf abstentions, c’est presque 50% des gens qui disent «je ne sais pas». Moi-même et plusieurs autres étudiants nous sommes dits que ça allait trop vite et que c’était trop important pour être simplement liquidé comme ça. Il faut qu’il y ait un débat de fond qui se fasse plus largement, au-delà de l’AD.»

Une vision que partage le Bureau de la FAE. Pour Francisco, la démarche «répond aussi à une des limites des systèmes représentatifs. Basiquement, cela signifie qu’un petit groupe de personnes va prendre des décisions pour un groupe beaucoup plus large. Et plus on rajoute de couches (les facultés, la FAE, l’UNES), plus la part des personnes décisionnaires se réduit à l’arrivée. C’est donc forcément imparfait, comme système. Le référendum permet d’avoir une votation populaire et donc de poser la question à tout le corps électoral, et c’est fondamentalement quelque chose de positif. Le challenge, c’est de réussir à informer les 14'000 étudiants et étudiantes. La plupart vont découvrir l’existence de l’UNES au moment de décider s’il faut y rester, ou en sortir.»

200 signatures étaient nécessaires au lancement du vote; le Comité référendaire en obtiendra finalement plus du double. Plusieurs événements sont prévus afin d’informer et stimuler les étudiants dans leur réflexion, notamment un débat organisé par l’association Uthink qui devrait rassembler des représentants du Comité référendaire, de la FAE et de l’UNES. L’événement aura lieu le 31 octobre, premier jour de la votation, à 17h30 à l’Internef.

A l’origine, la position des initiants est neutre, mais leurs recherches approfondies sur la question les amènent finalement à s’accorder sur la nécessité de rester au sein de l’Union: «On a eu une rencontre estivale avec le Bureau de la FAE, précise Lucas, durant laquelle nous avons discuté de la position pro-sortie du bureau à l’égard du processus référendaire. On a donc beaucoup réfléchi de notre côté, ça nous posait un problème de fond, dans le sens où il n’y avait personne pour défendre le maintien au sein de l’UNES. Et il s’est avéré, après discussion, qu’en fait la quasi-totalité des membres du Comité référendaire était pour le maintien au sein de l’UNES.»

Aujourd’hui, le Bureau de la FAE et le Comité référendaire font donc campagne l’un contre l’autre, le premier souhaitant appliquer la décision de son législatif, le second désirant offrir une représentation au camp adverse afin d’avoir un débat équilibré.

Voici pour les principaux éléments ayant conduit à cette situation. Un historique précis (du moins, autant que possible dans cette vaste affaire), nous semblait nécessaire pour situer correctement la question sur laquelle chaque étudiant est appelé à se prononcer. Pour pousser plus en avant la réflexion et mieux saisir les différents enjeux du référendum, nous vous renvoyons à l’article qui sera publié dans le prochain numéro de L’auditoire, à paraître le 6 octobre.

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